Rentrée en maternelle : le grand vide de celle qui reste

ideko

Et si, le jour de la rentrée, ce n’était pas seulement ton enfant qui devait apprendre à te quitter ?

L’angoisse de séparation, on la guette chez l’enfant. On oublie qu’elle peut aussi s’installer chez celle qui reste sur le trottoir pendant que le bus s’éloigne…

Rentrée en maternelle de mon aînée. Le bus de ramassage scolaire s’arrête, les portes s’ouvrent, et elle monte en pleurant, ou plutôt en hurlant et en s’agrippant. Je souris, je fais coucou, je lui répète que tout va bien se passer. Les portes se referment.

Et moi, je reste plantée là, le cœur serré, avec mon sourire encore accroché au visage.

Je rentre à la maison. J’avais imaginé ce moment : un café chaud, enfin un peu de temps pour moi… Au lieu de ça je trouve un grand vide.

Le silence dans le couloir et une question qui tourne en boucle : qu’est-ce que je fais, maintenant ?


Personne ne m’avait prévenue que, ce matin-là, la petite fille dans le bus ne serait pas la seule à vivre une séparation.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ?
Le temps a passé, ce souvenir douloureux aussi, et puis, cette année, j’ai rencontré plusieurs mamans qui venaient de vivre la même scène, avec la même gêne de se sentir secouées « pour si peu ». Ce « pour si peu » m’est resté en tête.


Ce matin-là n’avait rien de petit, et je crois qu’il mérite qu’on en parle.


Une émotion forte passe par le corps avant de passer par la tête. La gorge se serre, les yeux piquent, alors qu’on s’était promis de tenir bon. La partie du cerveau qui gère l’alarme réagit plus vite que la réflexion. Elle perçoit une séparation et déclenche l’alerte, sans se demander si c’est raisonnable.


Tu sais très bien que ton enfant est en sécurité et que tu le retrouveras ce soir. Mais l’image qui reste, c’est son petit visage en larmes derrière la vitre.


C’est là que la tempête se lève.


Les pensées s’emballent : « et s’il pleurait toute la matinée ? », « est-ce que j’aurais dû attendre encore un an ? ».


La culpabilité arrive par dessus. Si on laisse faire, cette vague déborde sur toute la journée : on est à fleur de peau, on s’agace pour un rien et on regarde la pendule en attendant le retour du bus. Ce que tu ressens là s’appelle l’attachement, et le vide a exactement la taille de la place que ton enfant prend dans ta vie.


Accueillir ce chagrin est sain. Le laisser seul aux commandes toute la journée, beaucoup moins.


Dans le bus se trouve la même tempête en modèle réduit.
Pour un tout-petit, c’est encore plus déroutant. Il ne sait pas encore se repérer dans le temps, et « ce soir » ne veut pas dire grand-chose pour lui. Il sait qu’il retrouvera maman, sans savoir quand. Et comme il n’a pas encore les mots pour dire « j’ai peur », il pleure et ne veut plus lâcher la main au moment de monter. Les enfants lisent en nous comme dans un livre ouvert. Quand notre sourire tremble, ils le voient. Apaiser notre propre tempête aide donc aussi la leur.


Ce qui nous a aidées, ma fille et moi :


Chez nous, ce sont les fleurs de Bach qui nous ont accompagnées. Je les connais bien, et ce matin-là m’a rappelé pourquoi j’y tiens : elles ne cherchent pas à faire taire ce qu’on ressent. Dans l’approche du Dr Bach, chaque fleur correspond à un état émotionnel précis, et on la choisit pour renforcer la qualité opposée : le courage face à la peur, la confiance face à l’inquiétude.


Pour un enfant qui vit mal la rentrée, deux fleurs sont souvent citées. Le mimule parle des peurs qui ont un objet précis, comme le bus, la classe ou l’idée de ne pas retrouver maman le soir. Le noyer accompagne les grands passages, quand tout change d’un coup et qu’il faut trouver de nouveaux repères. Pour la maman, le marronnier rouge correspond à cette inquiétude qui fait imaginer le pire pour ceux qu’on aime. Le chèvrefeuille parle du regard tourné vers le passé : le bébé que ton enfant n’est plus tout à fait, les journées d’avant, à deux.

On les prend en quelques gouttes, plusieurs fois par jour. Chez un jeune enfant, on les dilue toujours dans de l’eau, car les flacons contiennent un peu d’alcool comme conservateur ; en cas de doute, on demande conseil à son pharmacien ou à son médecin.


De mon côté, elles ne m’ont pas retiré ma tristesse. Elles m’ont aidée à la traverser sans me laisser emporter.


Quand l’émotion déborde, la respiration reste l’outil le plus simple qu’on ait sous la main.


Côté maman la cohérence cardiaque. On inspire pendant cinq secondes, on expire aussi longtemps, et on continue ainsi pendant cinq minutes. Cette respiration lente aide le système nerveux à s’apaiser : le souffle se pose, et les pensées suivent souvent. On la pratique volontiers trois fois par jour, mais le matin de la rentrée, une seule séance juste après le départ du bus peut déjà adoucir la matinée.

Une application ou une vidéo guidée aide à tenir le rythme.

Côté enfant, une version courte, sous forme de jeu. À trois ans, un exercice de plusieurs minutes paraît interminable : une ou deux suffisent largement, à condition que ce soit amusant. Quelques idées : gonfler un ballon imaginaire dans son ventre, puis le dégonfler tout doucement ; souffler sur les bougies d’un gâteau invisible ; sentir une fleur, puis souffler sur un pissenlit…

À faire le matin avant le bus, ou au coucher quand la journée remonte.


Quelques repères pour les matins suivants : Un au revoir court, toujours le même : un bisou, une petite formule rien qu’à vous, puis on le laisse partir. Les adieux qui s’éternisent font grandir la peur des deux côtés. Un repère concret pour les retrouvailles. « Je serai là quand le bus te ramènera » rassure davantage que « à ce soir ». Des mots posés sur ce qu’il ressent : « tu as eu peur de ne pas me retrouver ». Ça apaise souvent plus qu’un « ce n’est rien, ne pleure pas ».

Et pour toi aussi, se dire « je suis triste et j’ai peur pour lui » est plus juste que « je suis ridicule ». Pas d’obligation de remplir le vide. Tu peux marcher, appeler une amie qui comprend, ou boire ce café tranquillement, même si quelques larmes s’en mêlent. Et si ça dure ? Quelques semaines d’adaptation, c’est courant. Si les pleurs ne diminuent pas, si le sommeil se dégrade ou si des maux de ventre apparaissent avant l’école, parles-en au médecin de ton enfant. Et si, de ton côté, la tristesse ne te lâche plus, tu as le droit d’être accompagnée, toi aussi.


En fin d’après-midi, le bus tourne enfin au coin de la rue. Les portes s’ouvrent, et le vide du matin se remplit d’un coup. Si tu viens de vivre un matin comme celui-là, tu n’as rien de ridicule. Ton coeur est simplement monté dans le bus avec ton enfant. Il redescend le soir, et chaque matin, il pèse un peu moins lourd.


Vanessa

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