Du grain, du flou, des couleurs d’un autre temps… et cette étrange impression de reconnaître des souvenirs qui ne sont pourtant pas les miens.
J’ai découvert le travail de Lucie Contat presque par hasard. Et puis je suis restée.
Une photo. Deux. Dix.
Avec cette drôle d’impression de ne plus vraiment parcourir le site d’une photographe, mais d’avoir ouvert une vieille boîte à souvenirs qui ne m’appartenait même pas.
Il y a du grain. Des couleurs passées. Des ombres qui mangent parfois les visages. Des mouvements, des cadrages imparfaits, des instants attrapés juste avant qu’ils disparaissent. Bref, à peu près tout ce que nos smartphones passent leur temps à essayer de corriger.
Et pourtant, devant ces images, on ressent presque le moment où la photo a été prise.
Parcourir les photographies de Lucie, c’est un peu ouvrir une boîte à souvenirs. Même quand les souvenirs ne sont pas les nôtres.
Ces photos imparfaites qui ressemblent à nos souvenirs
Quand on est une maman quadra, cette esthétique a quelque chose de furieusement familier.
Avant les smartphones, les rafales de vingt clichés et le bouton « supprimer », une photo légèrement floue n’était pas nécessairement une photo ratée. Si mamie avait fermé les yeux : on la gardait. Si la lumière était bizarre : on la gardait. Si le cadrage avait mystérieusement amputé quelqu’un d’une partie du crâne : tant pis pour lui, on la gardait aussi.
Parce qu’il n’y en avait parfois qu’une.
Aujourd’hui, nous pouvons photographier le même instant quinze fois, choisir la meilleure version, corriger la lumière, recadrer et recommencer jusqu’à obtenir quelque chose d’impeccable.
Nous avons gagné en belles photos. Mais avons-nous gagné en souvenirs ?
Une image techniquement parfaite n’est pas forcément celle qui, vingt ans plus tard, nous ramènera exactement à l’endroit où elle a été prise.
Photographier ce que l’on ressent plutôt que ce que l’on montre
C’est là que le travail de Lucie Contat et Smala Source m’a embarquée.
Elle ne cherche pas à gommer tous les accidents de l’image. Le grain, le mouvement, les lumières étranges ou les couleurs qui semblent sorties d’une autre époque donnent à certaines photographies quelque chose qui ressemble davantage à une mémoire qu’à une image numérique parfaite.
Et soyons claires : c’est probablement le genre de travail qui provoque deux réactions. « J’adore. » Ou : « Attends… elle est floue, là, non ? » Personnellement, j’ai choisi mon camp.
Shooting photo pour les mères : et si maman passait enfin devant l’objectif ?
Maman est bien sur les photos. Enfin… presque.
Et puis je suis tombée sur une idée de Lucie qui ne pouvait que parler à Be by Maman et son regard de blogzine .
Parce que maman est là. Au premier anniversaire. À Noël. Pendant les vacances. Pour les premiers pas. Lors de ce dimanche parfaitement banal qui deviendra peut-être étrangement précieux quinze ans plus tard.
Elle est là. Seulement, très souvent, c’est elle qui tient l’appareil.
On fabrique les souvenirs de toute la famille et on finit parfois par devenir le personnage secondaire de nos propres albums.
« Je souhaite capturer la réalité du quotidien, avec ses fatigues et émotions du moment. »
C’est exactement ce que j’aime dans son approche du shooting photo pour les mères . Pas besoin d’attendre d’avoir dormi huit heures, rangé le salon, perdu les derniers kilos de grossesse et d’être devenue cette mère merveilleusement reposée qui semble avoir beaucoup de succès sur Internet.
La fatigue aussi faisait partie de l’histoire.
Cette place donnée à la femme derrière la mère fait forcément écho à celles qui racontent s’être oubliées en devenant maman . Et elle rappelle aussi que la maternité réelle ne ressemble pas toujours à l’image que nous en avions imaginée, de la grossesse parfois difficile à aimer aux choix autour de l’allaitement ou du biberon à la maternité .
Grossesse, maternité, paternité : photographier une famille qui se construit
J’aime aussi que le regard de Lucie ne s’arrête pas à la mère une fois le bébé arrivé. Son travail accompagne plusieurs morceaux d’une même histoire : le shooting photo de grossesse à Chambéry , la maternité, la paternité et les shootings photo de famille .
Et ce ne sont pas nécessairement les grands événements qui m’intéressent le plus dans ces images.
Une femme enceinte qui lit. Un père avec son bébé. Un moment d’allaitement sur un canapé. Des scènes qui, lorsqu’elles se produisent, paraissent terriblement ordinaires.
Mais c’est justement ce quotidien-là qui disparaît. Les vêtements. La lumière de l’appartement. Le vieux canapé. La façon dont on tenait son bébé contre soi.
Tout ce qu’on ne pense jamais à vouloir conserver au moment où on le vit.
Et derrière les jolies photos, il y a évidemment la vraie vie : le couple qui doit aussi retrouver sa place après l’arrivée d’un bébé.
Une photo de famille raconte aussi ce qu’on ne pensait pas vouloir garder
Les moments ordinaires deviennent parfois les plus précieux
Regardez cette image. Une petite fille. Son grand-père. Un morceau de quelque chose tenu entre leurs mains.
Rien de spectaculaire.
Mais demandez à cette petite fille, dans vingt ou trente ans, quelle photographie elle voudra conserver de son grand-père.
Je ne suis pas certaine qu’elle choisira celle où tout le monde regardait parfaitement l’objectif.
Dans la famille aussi, les histoires ne tiennent jamais dans une jolie case : avoir une fille et un garçon : le fameux « choix de la reine » ?
Et si nos plus belles photos n’étaient pas les plus belles ?
Je ne sais pas si l’univers de Lucie plaira à tout le monde. Et finalement, tant mieux.
Parce que lorsqu’un travail artistique est suffisamment identifiable pour provoquer immédiatement un « j’adore » ou un « je n’ai pas compris », c’est probablement qu’il possède déjà quelque chose que toutes les images techniquement parfaites n’ont pas : une identité.
Moi, ses photographies m’ont ramenée vers ces albums que l’on sortait d’un placard. Ces photos aux couleurs un peu étranges, avec parfois une date imprimée au dos, sur lesquelles personne n’était parfaitement éclairé.
Des photos imparfaites.
Mais capables, trente ans plus tard, de nous ramener quelque part en une fraction de seconde.
Une belle photo de famille n’est peut-être pas celle qui montre parfaitement comment nous étions, mais celle qui nous fait ressentir comment c’était.
Avant les albums de famille, il y avait déjà toute une histoire.
Tomber enceinte à 30 ans : pourquoi j’ai eu envie d’être maman →
Lucie Contat et Smala Source : une artiste à garder du coin de l’œil.
Si son univers vous parle, découvrez son travail et son approche de la photographie de maternité et de famille.
Photographies présentées dans cet article : © Smala Source · Lucie Contat.
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