Et toi, jusqu’où es-tu prête à aller pour ne plus laisser l’avis des autres choisir à ta place ?
Tu changes de boulot : avec la conjoncture actuelle, franchement, tu prends des risques.
Tu restes dans un travail qui ne te plaît plus : tu pourrais quand même avoir un peu plus d’ambition.
Tu travailles beaucoup : tu ne profites pas assez de tes enfants.
Tu ralentis : tu pourrais quand même te bouger un peu.
Tu racontes des morceaux de ta vie sur Internet : quelle drôle d’idée de s’exposer comme ça.
Tu ne racontes plus rien : bah alors, tu as disparu ?
Je suis retombée récemment sur cette vieille histoire populaire que j’avais découverte il y a quelques années. Je l’avais trouvée très juste à l’époque. Avec quelques années de plus au compteur, je la trouve presque encore meilleure.
Parce qu’elle raconte quelque chose d’assez absurde dans lequel on tombe toutes un jour : essayer de trouver le choix qui ne sera critiqué par personne.
Autant te prévenir tout de suite : ce choix n’existe pas.
Et l’âne va très bien nous l’expliquer.
L’histoire de l’âne : quatre décisions, quatre critiques.
Un homme et une femme traversent un village accompagnés de leur âne.
La journée est belle, ils avancent tranquillement et, au départ, ils marchent tous les deux à côté de l’animal.
Ils croisent alors quelques personnes.
En les voyant passer, celles-ci commencent à commenter :
— Regardez-moi ces deux-là ! Ils ont un âne et ils marchent à côté. À quoi bon posséder un animal si ce n’est même pas pour monter dessus ?
L’homme et la femme entendent la remarque.
Ils se regardent.
Après tout, ce n’est peut-être pas complètement idiot.
Alors la femme monte sur l’âne, tandis que l’homme continue le chemin à pied.
Ils poursuivent leur route.
Un peu plus loin, ils rencontrent un nouveau groupe de villageois.
Et les commentaires recommencent.
— Regardez cette femme ! Elle se laisse porter pendant que son mari marche à côté. Le pauvre homme !
Cette fois encore, le couple entend.
Et cette fois encore, il décide de tenir compte de ce qu’on vient de lui dire.
La femme descend.
L’homme monte sur l’âne et elle marche à ses côtés.
Voilà qui devrait régler le problème.
Sauf qu’un peu plus loin, d’autres personnes les aperçoivent.
— Quelle honte ! Regardez cet homme confortablement installé pendant que sa femme marche ! Quel égoïste !
Bon.
Manifestement, ce n’était toujours pas la bonne solution.
Alors ils réfléchissent encore.
Puisque laisser l’un marcher pendant que l’autre monte provoque des critiques, ils décident de monter tous les deux sur l’âne.
Cette fois, au moins, personne n’est lésé.
Ils continuent.
Et évidemment…
Nouveau groupe de passants.
Nouveau jugement.
— Pauvre bête ! À deux sur son dos ! Ils vont l’épuiser. Ils n’ont donc aucune compassion pour cet animal ?
À ce stade, notre couple commence sérieusement à manquer d’options.
Quatre décisions. Quatre critiques.
Et surtout une jolie démonstration : à force de modifier leur comportement pour satisfaire la dernière personne rencontrée, ils n’avancent plus selon leur propre jugement.
Ils avancent selon celui du prochain passant.
Et quand on y pense, on fait parfois exactement la même chose.
Sans l’âne, certes.
Encore que certains jours…
Pourquoi cette vieille histoire fonctionne encore mieux aujourd’hui.
À l’époque où cette histoire a commencé à circuler, il fallait au moins croiser quelqu’un pour obtenir son opinion.
Quelle époque reposante.
Aujourd’hui, nous transportons dans notre poche un petit appareil capable de nous fournir l’avis de plusieurs milliers de personnes avant même le petit-déjeuner.
Tout le monde peut expliquer ce qu’une femme devrait faire.
Comment travailler.
Comment élever ses enfants.
Comment manger.
Comment vieillir.
Comment gérer son couple.
Comment ranger sa maison.
Comment prendre soin d’elle.
Comment utiliser son temps libre.
Et, évidemment, comment faire tout cela sans jamais avoir l’air fatiguée.
On peut même trouver deux vidéos successives nous expliquant avec la même assurance exactement l’inverse.
Il y a une différence immense entre entendre un avis et lui donner du poids.
Et pourtant, quand suffisamment de personnes commentent nos choix, on peut vite commencer à chercher la décision magique.
Celle que tout le monde trouvera intelligente. Raisonnable. Responsable. Acceptable.
Elle n’existe toujours pas.
L’âne avait pourtant prévenu.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’aime autant le principe du slow par la soustraction : enlever ce qui nous encombre au lieu d’ajouter toujours plus. Cela vaut aussi pour les avis que l’on laisse entrer dans notre tête.
Quand j’ai lancé Be by Maman, j’ai rencontré mon propre âne.
Quand j’ai créé Be by Maman, j’avais une idée assez claire de ce que je voulais faire.
Mettre des mots sur cette femme parfois un peu planquée derrière la mère.
Parler de maternité sans résumer une femme à ses enfants.
Créer un endroit où l’on puisse aussi parler de travail, de maison, de fringues, de fatigue, de projets, de couple, de nous.
Bref, créer ce blog.
Et assez rapidement, j’ai découvert une autre chose.
Tout le monde avait un avis.
Phrase assez savoureuse quand elle vient parfois de personnes capables de publier leur petit-déjeuner, leur chat, leurs vacances et la rentrée scolaire de leurs enfants depuis 2013.
« Un blog ? Mais ça existe encore ? »
Oui.
Visiblement suffisamment pour que tu sois actuellement en train d’en lire un.
« C’est compliqué, tu n’y arriveras pas. »
Merci Gérard, exactement le petit coup de boost dont j’avais besoin ce matin.
Et évidemment, il y avait aussi les encouragements.
Les « c’est génial ! », les « fonce ! », les « super idée ».
Mais j’ai fini par comprendre quelque chose d’important.
Parce qu’au bout du compte, c’est moi qui allais vivre avec ce choix.
Parce qu’au bout du compte, aucune des personnes qui commentaient mon projet n’allait vivre avec mes choix, mes doutes, mes envies ou les conséquences de mes décisions.
C’était mon projet.
Donc c’était aussi à moi de décider s’il valait le coup.
Et aujourd’hui, je suis plutôt contente de ne pas avoir demandé l’autorisation au village.
Cette façon de choisir où mettre mon énergie est devenue une vraie ligne de conduite, notamment dans ma façon de travailler. J’en parle aussi dans ma méthode de slow working pour travailler sans me laisser avaler par la machine.
Écouter les autres, oui. Leur donner le volant, non.
Il y aurait pourtant une erreur à faire avec cette histoire.
En conclure :
« Je me fiche de l’avis de tout le monde. »
Ce n’est pas mon propos.
Parce que parfois, les autres ont raison.
Une critique peut être pertinente.
Quelqu’un peut voir un problème que tu ne vois pas.
Un conseil peut t’éviter de faire une grosse bêtise.
Et certaines personnes nous connaissent suffisamment bien pour nous dire quelque chose qu’on n’a pas spécialement envie d’entendre… mais qu’on avait peut-être besoin d’entendre.
Le slow, le good enough ou simplement le fait de choisir sa propre route ne consistent pas à devenir sourde.
Ils consistent plutôt à faire le tri.
Si elle ne connaît ni le sujet, ni tes intentions, ni les conséquences de ta décision… son avis peut parfaitement rester un avis.
Pas une consigne.
Pas une vérité.
Et certainement pas le volant de ta vie.
C’est d’ailleurs tout le sens de reprendre le premier rôle de sa propre vie : ne plus laisser chaque réaction extérieure décider de notre direction.
On peut entendre une remarque, l’examiner, éventuellement en garder quelque chose… puis continuer sa route.
Le vrai luxe n’est pas de ne plus être critiquée.
C’est de ne plus avoir besoin de convaincre tout le village.
Le vrai luxe : accepter qu’on ne fera jamais l’unanimité.
Il y a quelque chose d’assez reposant dans cette histoire, finalement.
Au début, elle semble dire :
« Quoi que tu fasses, tu seras critiquée. »
Pas franchement le message le plus joyeux de la semaine.
Mais on peut aussi la lire autrement.
Et ça change beaucoup de choses.
Tu peux faire un choix parce qu’il correspond à tes valeurs.
Parce qu’il convient à ta famille.
Parce qu’il te rend curieuse.
Parce qu’il te semble juste.
Parce qu’il te fait envie.
Parce que tu as envie d’essayer.
Et même parce qu’un jour tu te tromperas peut-être.
Au moins, ce sera ton erreur.
Pas la vie que tu auras choisie simplement pour éviter le commentaire de quelqu’un d’autre.
Et si apprendre à lâcher un peu les attentes extérieures fait partie de ton chantier du moment, l’esprit Good Enough est probablement un très bon endroit où commencer.
Écouter n’est pas obéir.
L’histoire de l’âne n’est finalement pas une histoire qui nous apprend à ne plus écouter personne.
Elle nous apprend à ne pas confondre écouter et obéir.
Tu peux entendre.
Réfléchir.
Prendre ce qui t’aide.
Laisser ce qui ne t’appartient pas.
Puis continuer.
Puisque la critique est incluse dans toutes les options, autant choisir celle qui te ressemble.
Au bout du chemin, ce ne sont pas les gens du village qui vivent avec ton choix.
C’est toi.
Et toi, c’est quoi le choix que tu as fait malgré les avis des autres ?
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Mila Clapelin
Salut, c'est Mila. Je suis une blogueuse slow, une maman quadra et une grande adepte du « good enough ». Ici, je te parle de vie de femme, de maison, de charge mentale, de décoration et de toutes ces petites choses qui nous aident à prendre un peu plus de place dans nos vies. Bienvenue dans mon univers. Fais infuser ton thé, installe-toi.