Et si votre dressing racontait beaucoup plus de choses sur vous que vous ne le pensiez ?
La mode, ça sert vraiment à quelque chose ?
On pourrait probablement vivre avec 3 jeans, 5 tee-shirts, 2 pulls et 1 bonne paire de baskets. Ce serait pratique, économique et terriblement efficace.
Mais qu’est-ce qu’on s’ennuierait.
Parce que la mode, avant d’être une histoire de tendances, de morphologie ou de cette fameuse pièce « absolument indispensable » que tu n’avais jamais envisagé d’acheter avant de la voir partout, c’est aussi un jeu.
Et à 40 ans, j’ai suffisamment vécu de retours improbables pour le savoir.
Ce que tu trouves ringard aujourd’hui finira probablement dans ton panier dans 10 ans.
Alors à quoi sert vraiment la mode quand on est une femme de 40 ans, une maman quadra, et qu’on a franchement autre chose à faire que de passer sa vie à se demander si son jean est encore tendance ?
J’ai ma petite idée. Enfin, j’en ai 5.
1. La mode est un divertissement (et Vinted mon nouveau Candy Crush)
Je pourrais te raconter que je m’intéresse à la mode parce qu’elle est un formidable moyen d’expression personnelle.
C’est vrai.
Mais avant ça, il y a une raison beaucoup plus simple : ça m’amuse.
Imagine un monde dans lequel on porterait tous les jours exactement la même chose. Même jean. Même haut. Même chaussures.
Efficace ? Oui.
Déprimant ? Un peu quand même.
Moi, j’aime construire des looks. Parfois pour une saison entière, parfois juste parce que ce matin-là j’ai décidé que ce pantalon irait parfaitement avec cette blouse que je n’avais pas porté depuis 2 ans.
Il y a les associations qui fonctionnent du premier coup, celles qui étaient beaucoup plus jolies dans ma tête et le fameux moment devant le miroir où je me demande : mais pourquoi j’ai acheté ça ?
C’est un jeu.
Et depuis quelques années, j’ai trouvé mon terrain de jeu préféré : Vinted.
Je vends, certes. Mais soyons transparentes… j’achète surtout.
Je scrolle, je mets des vêtements en favoris, je compare, je fais la grimace devant certains prix, je reviens voir l’article 2 jours plus tard, je négocie parfois 2 euros avec un sérieux totalement disproportionné… puis j’achète.
Même 1€ gagné sur chaque article me fait parfois économiser 15€ à la fin du mois !
Et quand vient le moment de vendre, c’est une autre activité qui commence. Je photographie mes vêtements, je soigne mes annonces, j’organise tout ça comme si j’étais soudain devenue propriétaire d’une petite boutique de mode.
Vinted est devenu mon nouveau Candy Crush.
Sauf qu’à la fin, au lieu d’avoir aligné 3 bonbons violets, j’ai 1 tenue.
Et quelque part, cette seconde main a encore renforcé mon côté joueuse. Elle me permet de tester une coupe, une tendance, une couleur sans avoir l’impression que chaque envie vestimentaire mérite un investissement sur 15 ans.
D’autant qu’avec l’âge, j’ai appris autre chose : je ne jette plus aussi facilement les vêtements que j’adore sous prétexte qu’ils ne sont momentanément plus à la mode.
J’ai des jeans dont j’aime vraiment la coupe, parce qu’ils tombent bien et que je me sens bien dedans. Alors je les garde. Et quand la tendance revient, je les ressors.
Parce qu’elle revient.
Toujours.
Quand je regarde une coupe de pantalon, je vois presque une époque de ma vie. Le large de ma jeunesse, le slim de ma vingtaine finissante, le retour du wide leg aujourd’hui…
Finalement, mon dressing ressemble parfois moins à une garde-robe qu’à des archives personnelles.
Et c’est peut-être là que ma façon de vivre la mode a le plus changé.
Je ne cherche plus à lui courir après.
Je préfère jouer avec elle.
2. La mode montre qui nous sommes (ou avec qui on traîne)
Au lycée, c’était la mode hippie.
Enfin, « hippie » version adolescente début des année 2000 .
L’uniforme : tee-shirt Petit Bateau col rond en haut et jean patte d’eph en bas.
Et voilà.
Toutes mes copines s’habillaient pareil.
Avec le recul, notre tenue ressemblait presque à une chasuble permettant d’identifier immédiatement notre groupe dans la cour du lycée. Pas besoin de badge, le patte d’eph faisait le boulot.
La véritable zone de liberté, c’étaient les chaussures.
Mes copines adoraient les baskets Adidas ou Puma. Moi, j’avais choisi mon camp : Kickers un jour, bottines Kickers toujours.
Une révolution stylistique toute relative, donc.
Mais presque 30 ans plus tard, je trouve ça assez drôle de voir à quel point notre rapport à la mode semble s’être retourné.
À l’époque, on cherchait beaucoup à appartenir. Aujourd’hui, on cherche davantage la pièce qui va faire notre look à nous.
Celle qui fait qu’un jean large porté par des milliers de femmes devient malgré tout notre tenue. Parce qu’on l’a associé à ces chaussures, ce blazer, ce sac ou cette paire de lunettes.
Finalement, la mode reste identitaire. On a simplement un peu déplacé le curseur.
Avant : « regarde, je fais partie de ce groupe ».
Aujourd’hui : « regarde, ça, c’est moi ».
Évidemment, nous continuons toutes à avoir nos petites familles stylistiques. Style casual, bohème, street, chic, girly, rock, minimaliste… On ne s’habille pas dans une bulle totalement imperméable à ce qui nous entoure.
Mais à 40 ans, j’ai quand même beaucoup moins envie qu’on me dise ce que je suis censée porter.
Et heureusement, parce que les listes du type « 10 vêtements à ne plus porter après 40 ans » ont tendance à provoquer chez moi une furieuse envie d’acheter les 10.
Être une femme de 40 ans ou une maman quadra ne nous condamne ni au blazer beige ni à une mystérieuse garde-robe de « femme mature » dont je cherche encore la définition.
Ton dressing peut être coloré, sexy, sage, oversize, féminin, décontracté, complètement changeant… ou tout ça dans la même semaine.
Parce que notre style n’est pas non plus gravé dans le marbre.
Et le mien ne l’a certainement pas été.
À la fin de ma vingtaine, j’ai rangé les pantalons larges de ma jeunesse pour adopter celui qui allait régner sur mon dressing pendant des années : le pantalon slim.
Bye bye le pantalon large de la jeunesse. Welcome le jean ajusté qui révèle ma féminité.
Une féminité enfin assumée, d’ailleurs. Il m’en aura fallu du temps.
Et c’est aussi pour ça que je trouve amusant de regarder mes anciens looks. Je n’y vois pas seulement des vêtements devenus ringards puis redevenus tendance.
J’y vois différentes versions de moi.
La lycéenne en patte d’eph et Kickers. La jeune femme qui découvre le slim. La maman quadra qui ressort aujourd’hui certaines coupes qu’elle avait soigneusement gardées.
Nos vêtements racontent beaucoup plus de choses sur nous qu’on ne l’imagine.
Et parfois, il suffit d’ouvrir un vieux carton pour retomber sur une ancienne version de soi.


3. La mode sert aussi à nous faire acheter (quelle surprise !)
Bon, maintenant qu’on a dit que la mode était formidable, amusante et qu’elle nous permettait d’exprimer notre personnalité…
Parlons argent.
Parce qu’une tendance qui durerait éternellement serait quand même une très mauvaise affaire pour ceux qui vendent des vêtements, t’en penses quoi ?
Le principe même de la mode, c’est qu’elle bouge. Une coupe arrive, devient désirable, envahit les boutiques, entre dans nos dressings… puis finit par nous sembler complètement dépassée.
Jusqu’à son retour triomphal 15 ans plus tard.
Et nous, pendant ce temps-là… on achète.
Évidemment, nous avons nos basiques. Ce fameux jean qui va avec tout, le tee-shirt blanc passe-partout, le blazer oversize qu’on ressort chaque année à la mi-saison.
Mais il suffit parfois d’une nouvelle coupe, d’une couleur qu’on voit partout ou d’une paire de chaussures pour donner soudainement un petit air de 2018 à une garde-robe qui allait pourtant très bien 5 minutes auparavant.
C’est fort, quand même.
Quand j’étais plus jeune, le calendrier était beaucoup plus simple : j’attendais les soldes 2 fois par an religieusement.
Il fallait patienter.
Aujourd’hui ? Entre les ventes privées, les codes promo, les offres réservées aux membres, les promotions de mi-saison, les applications et la seconde main, il y a toujours quelque part une bonne raison de cliquer sur « ajouter au panier ».
Et ne faisons pas comme si nous étions totalement imperméables au phénomène.
Tu n’as jamais eu une sale journée et décidé que, finalement, un petit tour dans les boutiques était exactement la thérapie dont tu avais besoin ?
Voilà.
Ça ne règle absolument aucun problème.
Mais tu as un nouveau pantalon.
Pour autant, aimer la mode ne signifie pas forcément renouveler son dressing à chaque nouvelle tendance. C’est même quelque chose que je fais beaucoup moins aujourd’hui.
Parce qu’à force de voir les coupes disparaître puis revenir, j’ai compris le truc.
La mode est un éternel recommencement.
Alors maintenant, lorsqu’un jean me va vraiment bien et que j’adore sa coupe, je le garde. Même s’il passe momentanément du côté des « plus tendance du tout ».
Je sais qu’on se reverra.
Et puis il y a Vinted, encore lui. Acheter et vendre en seconde main me permet de céder à certaines tendances à petit prix, de revendre ce que je ne porte plus et surtout d’éviter que chaque nouvelle envie se transforme automatiquement en achat neuf.
Ce n’est pas parfait.
Bien-sûr.
Je ne suis pas devenue cette mystérieuse femme capable de vivre toute l’année avec une garde-robe capsule de 12 pièces parfaitement assorties.
Et ça me va très bien.
Parce que ma version du slow n’a jamais été d’arrêter d’aimer les vêtements ou de culpabiliser chaque fois que j’en achète un.
C’est plutôt d’apprendre à consommer la mode autrement : garder ce qu’on aime, ressortir ce qu’on possède déjà, acheter d’occasion quand on en a envie, profiter des bons plans… et parfois craquer simplement parce qu’une pièce nous plaît vraiment.
La maman quadra que je suis sait désormais parfaitement que les tendances sont aussi là pour lui donner envie d’acheter.
Ça ne m’empêche pas de tomber dans le panneau de temps en temps.
La différence, c’est que maintenant, je vois le panneau.
4. La mode donne le mood du jour
Il y a ce que nos vêtements disent de nous sur le long terme.
Et puis il y a ce qu’ils racontent ce matin à 7 h 42.
Parce que mon style peut être relativement stable, ma façon de m’habiller, elle, dépend énormément du jour.
Il y a les matins working mum où un blazer suffit à me donner l’impression que tout est parfaitement sous contrôle.
Les jours chill où mon principal critère stylistique devient : est-ce que je peux m’asseoir n’importe comment avec ?
Les jours où j’ai envie d’être féminine, sexy, audacieuse.
Et ceux où le réveil n’a pas sonné.
Là, le concept de « look » devient beaucoup plus abstrait.
Mais c’est aussi ça que j’aime dans la mode : on peut changer d’ambiance sans changer de personnalité.
Et parfois, on peut même avoir envie d’aller beaucoup plus loin.
Au début des années 2000, par exemple, j’ai succombé à la couleur auburn.
J’avais les cheveux blonds et bouclés.
Alors, dans un magnifique élan de respect pour ma nature profonde, je les ai teints en foncé et je les ai lissés.
Évidemment.
Quand je revois cette période aujourd’hui, j’ai presque l’impression d’admirer une caricature des années 2000. Il ne me manquait probablement que quelques accessoires parfaitement regrettables pour compléter le tableau.
Mais sur le moment, j’adorais.
Et finalement, c’est bien le principal.
Parce qu’une tenue, une coiffure ou une paire de chaussures peut aussi simplement nous aider à nous mettre dans l’ambiance dont on a besoin.
Il y a des jours où je m’habille en fonction de mon humeur.
Et d’autres où je m’habille pour essayer de la changer.
C’est peut-être pour ça que le fameux achat après une journée pourrie fonctionne si bien. Il ne résout rien, évidemment. Mais choisir quelque chose de joli, essayer une nouvelle tenue, rentrer chez soi avec son petit sac…
Ça fait parfois du bien.
Et non, je ne vais pas te vendre le concept révolutionnaire du « vêtement qui répare la confiance en soi ».
On parle toujours d’un jean.
Mais si ce jean te fait te regarder dans le miroir en te trouvant canon alors qu’une heure plus tôt tu avais envie d’envoyer valser ta journée entière…
franchement, on prend.
Je me souviens de ma première rupture. C’était avec mon amour du lycée . Ce jour-là, il m’a brisé le cœur. J’ai appelé ma mère en larmes. Même pas besoin de lui expliquer : elle est venue me chercher. Et… on a fait les boutiques toutes les deux. J’ai pu discuter calmement, tout en slalomant entre les rayons avec elle. Elle m’a fait comprendre un truc ce jour-là : parfois, une journée entre filles à faire les boutiques peut être exactement le dérivatif dont on avait besoin sur le moment.
5. La mode crée du lien (et quelques conflits de génération)
Il suffit parfois de 3 mots pour lancer une conversation entre deux femmes qui ne se connaissent absolument pas :
« J’adore ton sac. »
Et nous voilà parties.
Elle vient d’où ?
Tu l’as payé combien ?
Il existe en noir ?
Tu l’as trouvé en soldes ?
Attends, montre-moi le site.
La mode, c’est aussi ça : un formidable prétexte pour échanger.
Au lycée, elle créait déjà du lien entre mes copines et moi. Nous avions nos codes, nos marques, nos discussions, nos envies. On se ressemblait beaucoup dans notre façon de nous habiller et, quelque part, c’était justement le but.
Aujourd’hui, ce jeu-là continue, mais il a pris une autre forme.
Notamment avec ma fille.
J’adore échanger avec elle sur nos trouvailles, pour elle comme pour moi. On regarde, on compare, on se montre des vêtements et, parfois, on convoite exactement les mêmes.
Ce qui devient légèrement problématique – et drôle – quand elle lorgne sur mes jeans.
Parce que mademoiselle a évidemment adopté le pantalon large.
Comme moi à son âge.
Avec quelques années d’avance, certes, mais quand même.
Et je trouve assez fascinant de la voir s’approprier aujourd’hui une silhouette qui me ramène directement à ma propre jeunesse. La différence, c’est qu’entre-temps, je suis passée du côté obscur.
J’aime aussi le slim.
Elle, pas du tout.
Pour le moment…
Je sais bien qu’il ne faut jamais dire à son enfant « tu verras, tu changeras d’avis ». C’est agaçant, légèrement condescendant et surtout parfaitement inefficace.
Alors je ne dis rien.
Mais j’attends avec le sourire.
Parce que si la mode m’a appris quelque chose en presque 30 ans, c’est qu’il ne faut jamais enterrer définitivement une coupe de pantalon.
En attendant, lorsque j’achète un nouveau jean large et que je la vois commencer à tourner autour en demandant si, éventuellement, elle pourrait l’essayer…
Je savoure.
La boucle est quand même joliment bouclée.
Et finalement, c’est peut-être ce que je préfère dans cette histoire.
La mode change, les tendances reviennent, les générations se moquent gentiment les unes des autres… puis finissent par porter les mêmes choses.
On échange des bonnes adresses avec une copine, on envoie une capture d’écran accompagnée d’un « tu valides ? », on complimente les chaussures d’une inconnue, on chine sur Vinted à deux et on se dispute presque un jean avec sa fille.
La mode est personnelle, oui.
Mais elle est aussi terriblement sociale.
Et quand on la prend pour ce qu’elle est — un jeu, un plaisir et un sujet parfaitement futile autour duquel on peut pourtant partager beaucoup — elle devient encore plus amusante.
Même si, pour être tout à fait claire :
mon wide leg reste mon wide leg.
Je ne suis pas victime de la mode. Je suis juste très facilement convaincue.
La mode, oui. La pression, non.
Au fond, la mode est quand même une drôle d’invention.
Elle nous fait courir après des tendances qui finiront par revenir, nous persuade régulièrement qu’il nous manque juste cette paire de chaussures et nous donne parfois envie de transformer une mauvaise journée en séance de shopping thérapeutique.
Mais elle peut aussi nous faire rire, nous donner confiance, nous permettre de jouer, d’échanger et simplement de nous sentir bien dans nos baskets.
Alors je ne crois pas que la slow attitude consiste à arrêter d’aimer la mode, à porter 12 pièces beige toute l’année ou à culpabiliser chaque fois qu’on craque pour un vêtement qui n’est pas en 100% coton bio.
Pour moi, c’est plutôt l’inverse : aimer la mode sans la laisser nous dicter notre vie.
Garder le jean qui nous va merveilleusement bien, même s’il n’est plus tendance. Acheter cette pièce qui nous fait vraiment plaisir. Chiner en seconde main. Profiter d’un bon plan.
Ressortir une vieille veste qu’on avait oubliée. Porter une tendance parce qu’on l’aime, et pas parce qu’Instagram nous a expliqué qu’il fallait absolument l’avoir.
Et surtout, arrêter de croire qu’à 40 ans, il existe une liste de vêtements que nous devrions absolument porter ou abandonner.
La mode est un jeu.
Alors jouons.
Mais à nos règles.
Et toi, quelle tendance mode te ramène instantanément à une époque de ta vie ?