À quel moment devient-on un peu trop raisonnable ?
Il y a des phrases jolies qu’on enregistre quelque part et qu’on oublie trois jours plus tard. Et puis il y a celles qui nous ressemblent tellement qu’elles finissent presque par devenir un mode d’emploi. Celle-ci fait clairement partie de la deuxième catégorie.
Je suis une inconditionnelle de Marilyn Monroe. Alors forcément, cette phrase, je l’aime.
Mais pas seulement parce qu’elle est attribuée à Marilyn. Je l’aime parce qu’elle met des mots sur quelque chose que j’essaie de préserver depuis toujours : ma capacité à ne pas me prendre complètement au sérieux.
Je préfère la folie à l’ennui.
Et plus les années passent, plus j’en suis convaincue.
La folie, c’est la forme et je compte bien la garder
Je ne veux surtout pas perdre mon âme d’enfant.
J’aime encore jouer avec mes enfants. Vraiment jouer. Pas simplement rester à côté en regardant distraitement tout en pensant à la machine qu’il faudrait étendre.
J’aime rire comme une écolière qui vient de faire une bêtise. Faire quelque chose d’un peu idiot juste parce que ça nous fera rire. Danser n’importe comment. Inventer des trucs. Me laisser embarquer dans un jeu qui, objectivement, n’a aucun intérêt.
Et justement : c’est ça qui lui donne tout son intérêt.
Pas l’ennui d’un dimanche après-midi où il ne se passe rien. Celui-là, je l’aime plutôt bien. Il laisse de la place pour rêver, traîner, lire ou ne rien faire du tout.
Je parle de cet autre ennui. Celui qui arrive lorsqu’on commence à devenir terriblement raisonnable avec soi-même.
Ma pire crainte ? m’ennuyer avec moi-même
On parle souvent de la peur de s’ennuyer dans son couple, dans son travail ou dans sa vie sociale.
Moi, il y a quelque chose qui me fait encore plus peur : m’ennuyer avec moi-même.
Ne plus me surprendre. Ne plus rire de mes propres bêtises. Devenir tellement soucieuse de faire les choses correctement que je finirais par ne plus faire grand-chose qui sorte du cadre.
Très peu pour moi.
J’ai 42 ans et absolument aucune intention de devenir raisonnable juste pour correspondre à l’idée que quelqu’un se ferait d’une femme de mon âge. Finalement, c’est aussi ce que j’aime dans cette idée de quarantaine comme renaissance plutôt que comme crise .
Je veux continuer à être curieuse, enthousiaste, parfois ridicule et probablement un peu fatigante.
Tant pis.
Ou plutôt : tant mieux.
Et mes imperfections dans tout ça ?
Marilyn parle aussi d’imperfection.
Alors celle-là, évidemment, elle me parle.
Parce que comme beaucoup de femmes, je peux me regarder dans un miroir et immédiatement repérer ce qui ne va pas.
Ce petit ventre. Cette ride. Ce truc qui tombe un peu plus qu’avant. Celui qui n’est pas exactement là où j’aimerais qu’il soit.
Ce fameux petit ventre, j’ai d’ailleurs fini par lui consacrer tout un plaidoyer Good Enough . Parce qu’à force de vouloir corriger chaque détail de notre corps, on risque surtout de passer beaucoup trop de temps à lui faire la guerre.
Moi, j’essaie plutôt d’en faire des atouts.
Enfin…
J’essaie surtout de m’en convaincre tous les matins devant mon miroir.
Et certains jours, ça fonctionne mieux que d’autres.
Mais lorsque j’arrive carrément à en rire, alors là, j’ai tout gagné.
Être en paix avec soi-même, c’est bien. En rire, c’est encore mieux.
Le good enough m’a appris ça aussi
Finalement, ma philosophie de slow maman tient peut-être beaucoup à ça.
Ne pas chercher une vie parfaitement maîtrisée.
Chercher une vie dans laquelle on est suffisamment à l’aise pour sourire lorsqu’elle décide de partir légèrement de travers.
Parce qu’elle partira de travers.
Les enfants, le boulot, la maison, notre corps, nos projets… Il y aura toujours un truc qui ne suivra pas exactement le scénario prévu.
Le good enough m’aide à ne plus considérer ces imperfections comme des bugs dans le programme.
Elles sont le programme.
C’est aussi une autre façon de ne plus systématiquement passer après tout le monde : préserver cette partie de moi qui aime encore rire, jouer, improviser et parfois faire absolument n’importe quoi.
Alors j’apprends à sourire devant les imprévus. À improviser. À relativiser. Et parfois à franchement en rire.
Je ne veux pas d’une vie parfaite.
Je veux une vie suffisamment imparfaite pour continuer à me surprendre.
Une vie dans laquelle je pourrai encore rire trop fort, jouer avec mes enfants, faire des choses ridicules et me regarder dans le miroir en pensant :
Bon. Ce n’est pas parfait.Mais qu’est-ce qu’on s’ennuierait si ça l’était.
Et toi, c’est quoi ta petite folie qui t’empêche de devenir trop raisonnable ?