Quand la vie stoppe brutalement
À 20 ans, on se croit immortelle. On vit vite, on construit ses bases, on flirte avec l’indépendance tout en ayant encore besoin de papa et maman pour remplir le frigo (et payer l’assurance de la Punto). À 20 ans, j’avais mon petit appart, mes copines du lycée encore proches, mes débuts dans le supérieur… bref, la vie devant moi, en ligne droite, sans frein à main.
Sauf que la vie, elle, n’a pas de panneau « attention virage dangereux ». Une route un peu trop glissante, et bam. Un accident, un vrai. Pas le petit accident qui te laisse avec un plâtre à signer par les potes. Non. Double fracture du bassin, traumatisme crânien, coma. Tout s’arrête.
C’est comme si, à 20 ans, quelqu’un appuyait sur le bouton pause de ta vie alors que tu venais à peine d’appuyer sur lecture.
Une vie parallèle dans ma tête
Quand on me demande « c’était comment, le coma ? », je pourrais presque répondre : « une seconde vie ».
Parce que dans ma tête, je continuais à vivre. Une vie logique, cohérente, douce même. Dans mon monde parallèle, j’étais arrivée à destination après ce fameux trajet en voiture. J’avais fini mes études, je m’étais mariée, j’avais une maison et des enfants. L’équilibre parfait qu’on rêve toutes, sans se douter que mon cerveau l’avait inventé pour moi.
Pendant que mes proches s’inquiétaient, veillaient, priaient, moi je continuais d’écrire mon histoire… dans ma bulle. Et honnêtement, à ce moment-là, je n’étais pas malheureuse. Mon cerveau me protégeait.
Le réveil, pas comme dans les films
Pas de cri, pas de bond hors du lit. Plutôt un long flottement. Une dizaine de jours à me réveiller un peu plus chaque jour. Quelques minutes conscientes, puis quelques heures, et enfin des journées courtes mais entières.
Et là, c’est étrange : on est entre deux mondes. Dans mon univers parallèle, tout avait un sens. L’hôpital ? Je pensais que c’était un aéroport. Les couloirs ? Une zone de transit. La blouse blanche ? Une hôtesse de l’air (version pas glamour). Bref, mon cerveau rationalisait pour tenir debout.
Je ne me suis pas réveillée du coma comme Uma Thurman dans Kill Bill.
Puis vient le moment où il faut admettre la vérité : ma maison, mes enfants, mes études terminées… tout ça n’existait pas. Je n’avais que 20 ans, un corps fracassé et une vie à reconstruire.
Le corps en chantier
Je ne vais pas mentir : le plus dur, ça n’a pas été de réaliser que ma vie rêvée n’existait pas, mais de voir ce que mon corps était devenu. Réapprendre à marcher, réapprendre à manger seule, me souvenir du jour qu’on est… À 20 ans, quand tes potes découvrent les soirées étudiantes, toi tu redécouvres comment tenir une cuillère sans trembler.
C’est violent, injuste, humiliant parfois. Mais c’est aussi une école de patience (moi qui déteste attendre, je te laisse imaginer…).
Et là, dans ce combat, il y a eu une constante : ma maman.
Ma maman, mon pilier
Elle est venue chaque jour, malgré la distance. Chaque. Jour. Alors que moi, je n’ai pas un seul souvenir concret de ses visites. Mais je le sais. Et c’est peut-être ça, le plus beau dans cette histoire : l’amour d’une maman ne dépend pas de ta mémoire. C’est un fil invisible, indestructible.
Aujourd’hui encore, je suis convaincue qu’il n’y a qu’une maman pour faire ça. Me voir dormir, délirer, courir nue dans un couloir (paraît-il !), et revenir encore le lendemain. Tenir ma main quand je n’étais même pas vraiment là.
Cette épreuve, aussi terrible soit-elle, nous a soudées pour toujours. Ce n’était pas juste une rééducation physique, c’était une re-naissance, avec elle à mes côtés comme sage-femme de ma nouvelle vie.
20 ans après : la fille hybride
Vingt ans plus tard, quand je raconte ça, j’ai parfois l’impression de parler d’une autre. Pourtant, c’est bien moi. Ce coma, cet accident, cette renaissance, tout ça fait partie de mon ADN aujourd’hui.
Je ne me souviens presque plus de la « vie rêvée » que j’avais inventée, mais je me souviens parfaitement de la vraie : les efforts, la douleur, mais aussi les victoires minuscules – marcher trois pas sans aide, avaler un yaourt seule, sourire à ma mère en sachant qui elle était.
Tout ça m’a appris une chose essentielle : la vie peut s’arrêter en une fraction de seconde. Alors autant la vivre pleinement, avec ses bosses, ses virages et ses surprises.
Ma touche BbM positive
Si tu es encore là à lire ces lignes, sache que je ne cherche pas la compassion. Ce n’est pas une complainte, c’est un témoignage. Oui, j’ai failli ne pas fêter mes 21 ans. Oui, j’ai eu peur de ne plus jamais marcher. Mais j’ai appris à renaître, à savourer chaque petit pas comme une victoire.
Et au fond, je crois que c’est ça, l’esprit « maman hybride » : transformer ses cicatrices en force, ses épreuves en moteurs. On ne choisit pas toujours les murs qu’on se prend, mais on choisit de se relever.
Et pour finir…
Je veux remercier ma maman, encore et toujours. Sans elle, je ne serais pas là pour écrire ces lignes. Sans elle, cette épreuve ne m’aurait pas rapprochée de l’essentiel.
Et parce que je reste la Mila fun et décalée :
Je m’excuse solennellement auprès de toutes celles (et ceux) qui vont avoir la chanson « À 20 ans » de Lorie coincée dans la tête comme un disque rayé après cet article. 🎶
(Ne me remercie pas, c’est cadeau !)
Voilà mon histoire. À 20 ans, j’ai failli tout perdre. À 40, je gagne chaque jour une nouvelle chance de vivre. Et ça, crois-moi, ça vaut tous les diplômes du monde.
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