Coma, amitié et reconstruction : peut-on vraiment reprendre sa vie comme avant ?

ideko

Peut-on vraiment reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée ?

Les amitiés durent toute la vie. Enfin, c’est ce que je croyais

J’avais la certitude que certaines personnes seraient toujours là

À 20 ans, je pensais connaître la suite de l’histoire…

Pas dans les détails, bien sûr. Mais comme beaucoup de jeunes adultes, j’avais cette certitude un peu naïve que certaines personnes feraient toujours partie de ma vie.

Il y avait Florent.

Florent, c’était mon meilleur ami depuis la primaire. Le garçon extravagant, décalé, un peu efféminé, complètement à côté de la plaque et donc forcément hyper attachant. Nous étions un duo. Une évidence en classe et à la sortie. Nous avions grandi ensemble. Et même lorsque nous n’étions plus dans la même école, nous étions restés inséparables.

Puis il y avait Laurie et Hélène, rencontrées au collège. Plus bon chic, bon genre que nous. À elles deux, elles formaient un duo. À nous deux, un autre. Et contre toute attente, ça fonctionnait parfaitement.

Et puis Daphnée est arrivée au lycée.
Un coup de foudre amical comme il en existe peu…
Nous étions dans la même classe. Très vite, elle est devenue la meilleure amie que je n’avais jamais eue.

Nous formions une vraie bande de potes sortie tout droit d’une série des années 90.

Le genre de bande qui résiste à tout :
aux changements d’école,
aux ruptures à la Friends,
aux déménagements,
aux rumeurs de couloir.

Et enfin, j’ai rencontré Jérôme.
Le premier. Et nous savons toutes ce que cela signifie.

Le premier amour.
La première grande histoire.
La première personne avec qui l’on s’imagine déjà vieille alors qu’on n’a même pas encore quitté l’adolescence.
Il a fini par trouver sa place dans un groupe déjà bien caricatural.

Mais c’est ça aussi, le début de la vie adulte.

On ajoute des personnages.
On agrandit le cercle.
On construit son histoire.

À cet âge-là, on croit que l’amitié est éternelle.
Et je ne briserai pas les rêves de ma fille.

Parce qu’on construit beaucoup de choses sur cette croyance.
Parfois malheureusement, il faut un choc violent pour découvrir que ce n’est pas toujours vrai.

Un aquaplaning, un coma et une vie mise sur pause

Accident de la route, coma : comment ma vie a basculé à 20 ans

Le choc est arrivé sur une route que je connaissais pourtant par cœur.

Un dépassement mal maîtrisé.
Un aquaplaning.
Puis le noir.

Dix jours de coma.
Près de deux mois d’hospitalisation.

Un long rétablissement qui, avec le recul, a pourtant été relativement rapide.

À 20 ans, tu ne penses pas à ce genre de choses.
Tu te crois invincible.

La mort, c’est quelque chose qui arrive aux autres.
Pas à toi.

Je ne vais pas m’attarder sur le coma.
J’en ai déjà parlé ailleurs et j’en reparlerai certainement un jour.

Parce qu’ici, ce n’est pas le sujet.
Oui, le coma n’est pas l’histoire.
Le coma est le déclencheur.
Le point de départ d’un autre histoire.

Pendant que mon corps se battait pour revenir, le monde continuait de tourner.
Et ça, je ne l’ai compris que bien plus tard.
Peut-être même trop tard.

Après le coma, je n’avais qu’une obsession : revivre

Depuis la fenêtre de ma chambre d’hôpital, je regardais le monde continuer sans moi.

Les voitures passaient.
Les gens vivaient.
Les journées défilaient.

Et moi, j’attendais…
J‘attendais de pouvoir rentrer à nouveau sur scène.

Reprendre simplement ma vie là où elle s’était arrêtée

Lorsque je suis enfin sortie de l’hôpital, je n’étais pas triste.

Je n’étais pas déprimée.
Je n’étais pas dans l’analyse.

J’étais pressée.
Pressée de retrouver ma vie.

Mes amis.
Ma famille.
Mon école.
Mon appart.
Mon amoureux.
Ma liberté.

Après des semaines à devoir demander l’autorisation pour sortir de ma chambre, manger ou simplement faire pipi, je n’avais qu’une envie : revivre.

Tu connais cette sensation ?

Quand quelque chose t’a tellement manqué que tu as envie de le dévorer dès qu’il revient ?
C’est exactement ce que je ressentais.

Je voulais manger la vie.

Et honnêtement ?
20 ans plus tard, ça n’a pas changé.

La vie après l’hôpital n’est pas une suite de vie ordinaire

Au début, je n’ai rien vu.
Il faut dire que j’étais occupée.
Occupée à reconstruire.

À retrouver mes repères.
À reprendre mes études.
À réapprendre une vie normale.

Et surtout, à profiter à nouveau.

On m’a vite fait comprendre que quelque chose avait changé

Parce que lorsqu’on a passé plusieurs semaines dans un lit d’hôpital, le simple fait de pouvoir sortir boire un verre ou passer une soirée entre amis prend une saveur particulière.

Je ne cherchais pas à comprendre ce qui s’était passé pendant mon absence.
Je cherchais à vivre.

Puis un jour, j’ai commencé à remarquer une absence.

Florent.
Je ne le voyais plus.
C’est vrai qu’en y repensant, il n’était déjà pas beaucoup venu à l’hôpital.

Mais sur le moment, je n’avais pas vraiment calculé.
Mon cerveau avait d’autres priorités.

Alors j’ai posé des questions.
Fait quelques remarques.
Demandé pourquoi il n’était jamais là.

Et les réponses ont commencé à arriver.
« Il trouve que tu as changé. »

Puis c’est devenu :
« Ils trouvent que tu as changé. »

Ou encore :
« Tu es différente. »

Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois. Trop de fois.

À vrai dire, je ne l’ai jamais vraiment comprise.
J’ai juste compris que j’étais devenue un problème.

Alors bien sûr que j’avais changé.
J’avais passé deux mois entre le coma et l’hôpital.

Mais au fond de moi, j’étais toujours la même.

Toujours aussi énergique.
Toujours aussi enthousiaste.
Toujours aussi vivante.

Peut-être même davantage.

Parce que lorsqu’on passe aussi près de tout perdre, on développe une furieuse envie de profiter de ce que l’on a encore.

Moi, je voulais avancer.
Exister.
Rattraper le temps perdu.

Eux semblaient regarder en arrière.
Comme si quoi que je fasse, mon absence restait plus importante que mon retour.

Ils avaient commencé mon deuil alors que j’étais encore vivante

Mes proches avaient déjà tourné la page avant mon réveil

Les révélations sont arrivées petit à petit.
Certaines m’ont surprise d’ailleurs.
D’autres beaucoup moins.

Daphnée a fini par m’expliquer qu’après avoir appris mon accident, elle s’était énormément rapprochée de Jérôme. Le soir même. Tu vois le rapprochement ?

Mon ex.
Celui avec qui j’étais restée trois ans et demi.
Celui qui avait eu du mal à accepter notre séparation.
Celui avec qui j’étais malgré tout restée en bons termes.

Sur le fond, leur relation ne m’a jamais réellement dérangée.
Daphnée avait bavé sur Jérôme pendant tout le lycée..

Ce qui m’a dérangée, c’est le timing.

Parce qu’au moment où les médecins ne savaient toujours pas si j’allais m’en sortir, eux avaient déjà commencé à écrire une autre histoire.

Et progressivement, je suis passée du statut de meilleure amie à celui de problème potentiel.
De confidente à « l’autre ».

Rien n’était plus naturel.
Rien n’était plus simple que de m’écarter.
Et notre amitié ne s’en est jamais remise.

Puis il y a eu les affaires.
Certaines de mes affaires avaient été distribuées.
En souvenir de moi j’imagine…

Un pantalon ici.
Un objet déco là.
Une platine CD ailleurs.

Comme si chacun avait récupéré un petit morceau de mon existence.
Je suis encore incapable aujourd’hui de savoir précisément qui a pris quoi.

J’ai compris trop tard.
J’étais occupée à reconstruire mon cerveau pendant que d’autres organisaient mon héritage.

Et je crois que c’est ça qui me dérange encore aujourd’hui.

Pas les objets.
Je serais incapable d’en dresser une liste complète.

Le symbole.
J’étais toujours vivante (désolé).

Un accident de la vie peut en cacher bien d’autres

Pendant longtemps, j’ai repensé à cette phrase.
« Tu as changé. »

J’ai même culpabilisé.
Bien plus longtemps que je ne voudrais l’admettre.

Mais pourquoi au juste ?

Parce que j’étais revenue dans une nouvelle organisation où je faisais désormais désordre ?

Parce que je n’entrais plus dans le scénario qu’ils avaient commencé à écrire pendant mon absence ?

L’accident n’a pas changé mes amis, il les a révélés

Avec le recul, oui
L’accident m’a changée.

Comme n’importe quelle épreuve importante change une personne.
Mais ce n’est pas moi qui me suis révélée ce jour-là.

Ce sont eux…

L’accident n’a pas créé leur comportement.
Il l’a simplement mis en lumière.

Et parfois, ce n’est pas très beau à regarder.
C’est probablement ce qui a été le plus dur à encaisser.

Découvrir que certaines personnes n’étaient peut-être pas exactement celles que je pensais connaître.

Que certaines relations n’étaient peut-être pas aussi solides que je l’imaginais.

Que certains liens étaient finalement beaucoup plus fragiles que les souvenirs que j’en gardais.

Et surtout, comprendre une chose dérangeante :
Peut-être qu’ils avaient toujours été comme ça.
Peut-être que l’accident n’avait rien changé du tout.
Peut-être qu’il m’avait simplement ouvert les yeux.

Et ça, je crois que c’est ce qui laisse le goût le plus amer.
Parce que soudain, même les souvenirs heureux prennent une autre couleur.

Pourquoi j’ai refusé de devenir victime de mon histoire

J’aurais pu passer ma nouvelle vie à chercher des explications

J’aurais pu.
J’aurais pu passer des années à chercher pourquoi.

Pourquoi Florent est sorti de ma vie aussi vite.
Pourquoi Daphnée s’est envoyée en l’air avec Jérôme précisément ce soir-là.
Pourquoi autant de personnes se sont cachées derrière ce fameux : « Tu as changé. »
Pourquoi personne n’a vraiment essayé de retenir ce qui était en train de s’effondrer.

J’aurais pu.
Et honnêtement, je crois que beaucoup de gens l’auraient fait.
Après tout, j’avais de bonnes raisons.

Un coma.
Une hospitalisation.
Des amitiés qui explosent.
Une partie de ma vie qui disparaît.

Le scénario était parfait.
J’aurais pu devenir la victime officielle de ma propre histoire.

Mais je n’avais pas le temps.
Je venais de récupérer une deuxième chance.
Et je n’allais certainement pas passer mon deuxième essai à sur-analyser le premier.

Je sais que ce n’est pas un discours très à la mode.
Aujourd’hui, nous adorons décortiquer.

Comprendre.
Analyser.
Nommer.
Diagnostiquer.
Justifier.

Et parfois c’est utile.
Vraiment.

Mais à un moment donné, comprendre n’avance plus rien.
Les faits restent les faits.

Tu peux passer 10 ans à comprendre pourquoi quelqu’un t’a trahi.
Tu peux passer 20 ans à comprendre pourquoi quelqu’un est parti.
Tu peux même avoir toutes les réponses du monde.

Ça ne changera jamais ce qui s’est passé.
La seule question qui m’intéresse est toujours la même : Et maintenant ?

Que fais-tu de tout ça ?
Tu restes assise au milieu des décombres ?

Ou tu reconstruis ?
Moi, j’ai choisi de reconstruire.

Nos choix d’aujourd’hui construisent notre vie de demain

Je ne crois pas au karma.
Je crois aux conséquences.
Nuance.

Nous sommes tous libres de nos choix.

Libres de rester.
Libres de partir.
Libres d’aimer.
Libres de respecter.
Libres de construire.
Libres de persévérer.

Et ensuite, nous vivons avec ce que ces choix produisent.

Nous sommes les architectes de nos vies

Je ne maîtrisais ni l’accident.
Ni le coma.
Ni le comportement des autres.

En revanche, je maîtrisais une chose.
La suite : Mon deuxième essai.

J’aurais pu devenir « la fille qui avait été dans le coma« .
Tu sais, cette personne qui commence toutes ses phrases par :

« Oui mais moi… »
« Oui mais moi j’ai souffert. »
« Oui mais moi j’ai été abandonnée. »
« Oui mais moi j’ai vécu pire. »

J’aurais pu construire toute mon identité autour de cette épreuve.
J’aurais même eu de bonnes excuses.

Mais les excuses ont un défaut.
Elles expliquent parfois le passé.
Elles ne construisent jamais l’avenir.

Alors j’ai fait ce que j’ai toujours fait.
J’ai avancé.

Pas parfaitement.
Pas sans erreurs.
Pas sans larmes non plus.

Mais j’ai avancé...

Parce qu’au fond, je savais déjà quelque chose que je n’arrivais pas encore à formuler :
Personne ne viendrait vivre ma vie à ma place.

Pourquoi je refuse de passer ma vie à m’excuser d’avancer

C’est probablement là que certaines personnes me trouvent dure.
Et elles ont peut-être raison.

Je ne suis ni parfaite, ni infaillible.
Mais je supporte mal la complaisance.

Je respecte la souffrance.
Je respecte les blessures.
Je respecte les coups que la vie nous inflige.

En revanche, j’admire l’endurance.
J’admire les personnes qui tombent et se relèvent.

Celles qui continuent malgré tout.
Celles qui refusent de laisser leurs blessures prendre le volant
.

Nos choix d’aujourd’hui construisent notre vie de demain

Parce qu’au fond, nous avons toutes une histoire.

Un deuil.
Une maladie.
Une séparation.
Une trahison.
Un burn-out.
Un accident de voiture.

Quelque chose qui aurait pu nous arrêter.

Tu connais forcément quelqu’un.
Ou peut-être est-ce toi.

Peut-être que pendant que tu lis ces lignes, tu traverses justement l’une de ces tempêtes.
Et si c’est le cas, je ne vais pas te dire que tout ira bien.

Je déteste les phrases toutes faites.
En revanche, je vais te dire autre chose…

Tu as le droit d’être à terre.
Tu as le droit d’être en colère.
Tu as le droit d’avoir mal.

Mais à un moment donné, il faudra choisir.
Faire de cette épreuve ton identité.
Ou simplement une partie de ton histoire.

La différence est énorme.
Parce qu’une identité t’enferme.
Une histoire te construit.

La vie est belle quand on décide de la vivre pleinement

Si je pouvais parler à la Mila de 20 ans qui sortait de l’hôpital, je lui dirais simplement :

« Fais-toi confiance. Aujourd’hui c’est dur, mais tout ira bien. Ne perds pas ton temps avec ce qui te freine. Tu sais déjà comment avancer. »

Et je crois que c’est exactement ce que j’essaie de transmettre aujourd’hui.

A toi,.
Aux femmes.
Aux mères.
Aux slow mamans.

Parce qu’être une slow maman n’a jamais signifié s’effacer.

Ce n’est pas forcément toujours vivre au ralenti.
Ce n’est pas plus subir tout doucement.
Ce n’est pas attendre que les choses s’arrangent toutes seules.

Pour moi, être une slow maman, c’est savoir où l’on veut aller.
C’est arrêter de disperser son énergie dans ce qui ne dépend pas de nous.

C’est choisir ses combats.
C’est reprendre sa place dans sa propre vie.

Je sais que certaines personnes trouveront cette vision dure.
Mon homme en premier. Tant pis.

Je préfère bousculer que bercer.
Parce que nous n’avons qu’une vie.
Une seule.

Et elle est bien trop précieuse pour être passée à attendre que ceux qui sont partis reviennent.
Ou à regretter ce qui aurait pu être.

Alors oui…
Prends ton temps.
Ralentis.
Accelère
Respire.
Écoute-toi.

Mais ne t’efface jamais.
Ne laisse personne écrire ton histoire à ta place.

Et surtout, ne laisse pas tes blessures devenir ton identité.

Il y a 20 ans, certains avaient déjà commencé à faire le deuil de la personne que j’étais.
Moi, j’ai simplement décidé de continuer à vivre.

Et avec le recul, c’est probablement la meilleure décision que j’ai prise.

Mila Clapelin

Salut, c'est Mila. Je suis une blogueuse slow, une maman quadra et une grande adepte du « good enough ». Ici, je te parle de vie de femme, de maison, de charge mentale, de décoration et de toutes ces petites choses qui nous aident à prendre un peu plus de place dans nos vies. Bienvenue dans mon univers. Fais infuser ton thé, installe-toi.

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