Témoignage : Je suis devenue maman… mais où suis passée moi ?

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Et si le plus difficile après la naissance n’était pas de devenir maman, mais de rester soi-même ?

Par Mylène, maman d’une petite fille de 2 ans

Quand ma fille est née, tout le monde m’a félicitée. On me disait que j’avais l’air heureuse, que j’étais rayonnante, que la maternité me allait bien. Je souriais, je remerciais, mais au fond de moi, quelque chose avait changé. Quelque chose que je n’arrivais pas à nommer.

Mon accouchement a été difficile. Une longue voie basse, des heures de travail, de la douleur, de la peur aussi. Lorsque ma fille a finalement été posée contre moi, j’ai ressenti un immense soulagement. Puis très vite, toute mon énergie s’est tournée vers elle.

Au début, cela me semblait normal. Je voulais être présente à chaque instant. Je passais des heures à la regarder dormir. Je vérifiais sa respiration plusieurs fois par nuit. Je lisais tout ce que je trouvais sur les bébés, leur alimentation, leur sommeil, leur développement. J’avais l’impression que sa sécurité dépendait entièrement de moi.

Les mois ont passé et cette vigilance ne m’a jamais quittée.

Petit à petit, j’ai commencé à mettre le reste de ma vie entre parenthèses. J’annulais les sorties avec mes amies parce que je préférais rester avec ma fille. Je refusais les propositions de garde, même lorsque mes proches se proposaient avec bienveillance. Je trouvais toujours une raison pour rester à la maison. Une sieste qui risquait d’être perturbée. Une fatigue passagère. Une période sensible.

Avec le recul, je crois que ces excuses étaient surtout destinées à me rassurer moi-même.

Je voyais pourtant ce qui se passait. Je voyais que mes amies m’appelaient moins souvent. Je voyais que mon couple tournait essentiellement autour de l’organisation familiale. Je voyais que je ne faisais plus grand-chose pour moi. Je ne lisais plus. Je ne dessinais plus. Je n’avais même plus envie de regarder les séries que j’aimais autrefois.

Mais malgré cette prise de conscience, je ne réagissais pas.

C’est cela qui me trouble encore aujourd’hui. Je savais que quelque chose n’allait pas et pourtant je continuais exactement de la même manière. Comme si une partie de moi regardait la situation de l’extérieur sans réussir à reprendre le volant.

Je me souviens d’une conversation avec une amie qui m’a demandé ce que j’aimais faire en dehors de mon rôle de maman. J’ai été incapable de répondre. Pas parce que je n’avais jamais eu de passions, mais parce que je ne pensais plus à moi depuis longtemps.

Cette question m’a poursuivie pendant plusieurs jours.

Je me suis rendu compte que je parlais constamment de ma fille. De ses progrès, de ses habitudes, de ses émotions. En revanche, lorsque quelqu’un me demandait comment j’allais, je répondais presque toujours en parlant d’elle.

Comme si nous étions devenues une seule et même personne.

Je crois que la surprotection est arrivée de cette façon. Pas brusquement. Pas consciemment. Elle s’est installée petit à petit dans les espaces que j’avais laissés vides. Plus ma vie personnelle rétrécissait, plus la place occupée par ma fille devenait immense.

Et pourtant, je ne pense pas être une mère anxieuse au sens où on l’entend habituellement. Je ne vis pas dans la peur permanente. Je sais qu’elle doit grandir, découvrir le monde, tomber parfois et apprendre par elle-même. Je suis capable de le dire avec conviction.

Mais entre ce que je pense et ce que je fais, il existe encore un écart.

Aujourd’hui, ma fille a 2 ans. Je commence seulement à mettre des mots sur ce que je ressens. Je ne crois pas avoir perdu mon identité. Je crois plutôt que je l’ai rangée quelque part, en me promettant de la retrouver plus tard.

Le problème, c’est que ce « plus tard » n’arrive jamais tout seul.

Je n’ai pas encore trouvé la solution. Je suis toujours en chemin. Mais pour la première fois depuis longtemps, j’essaie de me poser une question simple : qui suis-je lorsque je ne suis pas seulement la maman de ma fille ?

J’ai l’impression que la réponse existe encore quelque part. Il faut simplement que j’accepte de partir à sa recherche.

Chronique invitée

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