Il y a une culpabilité dont on parle peu.
Parce qu’elle ne s’appuie sur aucun acte répréhensible.
Parce qu’elle n’est liée ni à une trahison, ni à un mensonge, ni à une transgression claire.
Et pourtant, elle existe.
Une culpabilité sourde, discrète, parfois inconfortable.
Celle qui s’installe quand tu te regardes honnêtement et que tu te dis qu’il y a quelque chose qui cloche !
Je n’ai rien fait de mal… mais quelque chose en moi reste en alerte.
Faire souffrir sans transgresser
Ce qui rend cette culpabilité si déroutante, c’est qu’elle ne repose sur aucune faute identifiable.
Tu n’as pas franchi de ligne rouge.
Tu n’as trompé personne.
Tu n’as rien caché volontairement.
Et pourtant, tu sais que tout n’est pas parfaitement neutre.
Tu le ressens dans les silences.
Dans les petits ajustements que tu fais sans t’en rendre compte.
Dans cette sensation diffuse que ce lien, aussi propre amitié soit-elle, n’est pas totalement anodin.
La culpabilité envers celui que tu aimes
Il y a tout d’abord la culpabilité envers ton homme.
Parce que tu sais que cette relation grise peut le déstabiliser, même s’il ne le formule pas clairement.
Parce que tu aimerais qu’il accepte… mais que tu sais aussi qu’il encaisse parfois plus qu’il ne comprend.
Tu te demandes si tu abuses de sa confiance.
Si tu prends une liberté que tu ne saurais pas accorder en retour.
Si tu demandes une ouverture émotionnelle que toi-même tu aurais du mal à vivre.
Et cette question-là, tu ne peux pas l’ignorer.
La culpabilité envers l’autre homme
Il y a aussi la culpabilité envers l’autre homme.
Parce que tu sais que ta place dans sa vie est forte.
Parce que tu occupes un espace affectif qui peut rassurer… mais aussi retenir.
Tu veux qu’il aille bien.
Tu veux qu’il se (re)construise.
Mais tu ne veux pas être effacée.
Et dans cette tension entre présence et retenue, ta culpabilité agit comme un rappel :
celui de ne pas prendre plus que ce que tu es prête à assumer.
L’asymétrie émotionnelle, ce déséquilibre silencieux
Cette culpabilité s’accentue quand tu prends conscience de l’asymétrie émotionnelle.
Tout le monde ne vit pas cette relation avec le même niveau d’engagement intérieur.
Toi, tu connais tes intentions.
Tu connais tes limites.
Tu sais aussi ce que tu refuses de faire.
Mais les autres n’ont accès qu’à ce qu’ils perçoivent.
Et parfois, tu réalises que tu bénéficies d’une tolérance que tu ne serais pas prête à offrir si les rôles étaient inversés.
Ce constat est inconfortable, mais il est précieux.
La loyauté invisible
Il existe une loyauté qu’on ne peut pas mesurer en actes.
Une loyauté intérieure.
Silencieuse.
Émotionnelle.
Tu peux être fidèle dans les faits…
et pourtant sentir que ta loyauté se joue ailleurs, dans l’attention, dans l’énergie, dans la place mentale accordée à l’autre.
Cette loyauté invisible n’est pas une trahison.
Mais elle mérite d’être regardée en face.
Quand la culpabilité devient un garde-fou
Et si cette culpabilité n’était pas là pour te faire mal ?
Et si elle n’était pas une accusation… mais une protection ?
Elle te rappelle que tu es attentive.
Que tu es consciente.
Que tu refuses de glisser sans t’en rendre compte.
Ta culpabilité te freine là où tu pourrais aller trop loin.
Elle t’empêche de te raconter des histoires.
Elle te maintient dans une zone de vigilance saine.
Elle n’est pas un poids inutile.
Elle est un garde-fou.
Transformer la culpabilité en boussole
La question n’est pas de faire taire cette culpabilité.
Ni de la nourrir jusqu’à l’épuisement.
La question est de l’écouter juste assez pour rester alignée.
Qu’est-ce qu’elle te signale ?
Où te dit-elle de ralentir ?
Quelle limite te demande-t-elle de poser ou de renforcer ?
Parce que parfois, ce n’est pas la relation qu’il faut remettre en cause.
C’est l’équilibre à réajuster.
Et reconnaître que cette culpabilité te protège,
c’est déjà une façon de te respecter —
toi, et ceux que tu aimes.
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