Comment se passe la vie d’une femme mariée, maman et hypersensible ?

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Être « trop sensible », ça veut vraiment dire quoi ?

Le mot de Clothilde

Être mère et épouse demande du temps, de l’énergie et beaucoup d’organisation. Mais lorsque l’on est hypersensible, chaque émotion, chaque responsabilité semblent prendre une place immense et chaque imprévu nous chamboule rapidement.

Pendant longtemps, j’ai cru que mes réactions me différenciaient trop des autres et me rendaient étrange. Aujourd’hui, je comprends que cette hypersensibilité fait tout simplement partie de moi.

À travers ce témoignage, j’avais envie de vous partager mon quotidien de femme, d’épouse et de maman hypersensible. Parce que derrière les larmes se cache souvent une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît.

C’est quoi finalement être hypersensible ?

Hello,
Moi, c’est Clothilde, aussi connue sur les réseaux sous le nom de « L’Encre de Clo ». Depuis toute petite, je suis une personne plutôt discrète et surtout… HYPERsensible.


Quand on est une femme, il est parfois compliqué de faire comprendre ce terme. Si l’on ose pleurer pour n’importe quelle raison, même devant une simple publicité à la télévision, on entend souvent :

« Ah, toi, tu vas avoir tes règles ? »


Ou encore lorsqu’une petite chose, qui paraît insignifiante pour certains, fait exploser toutes nos émotions. Par exemple, un jouet posé sur le canapé alors que l’on vient tout juste de terminer le ménage :

« Toi, tu as tes règles, non ? »
Non ! NON ! Et NOOOON !


L’hypersensibilité ne se résume pas à pleurer facilement. C’est ressentir les émotions plus intensément, capter les ambiances, percevoir les tensions, anticiper les réactions des autres et parfois porter un poids émotionnel qui n’est même pas le nôtre.


Depuis petite, comme je le dis souvent, je vis à la place des autres sans le vouloir.

J’ai toujours été discrète, par peur de blesser la personne en face de moi, par peur de mal m’exprimer.

Et aujourd’hui encore, c’est le cas.

La charge mentale s’arrête-t-elle ?

Après chaque conversation, je repasse mentalement tout notre échange pour vérifier si je n’ai pas été maladroite ou mal perçue. J’essaie de faire de mon mieux pour ma famille.
Je me lève, je prépare ma fille, je l’emmène à l’école, je vais faire les courses. Je rentre, j’écris.

À 11 heures, je prépare son repas du midi. L’après-midi, je fais un peu de ménage puis je retourne écrire. Et à 16 h 20 (parce que tout se joue à la minute près), je vais chercher ma fille.
Je rentre, c’est l’heure du goûter, puis de la douche. Vient ensuite un moment plus calme qui me permet parfois d’écrire lorsque je n’ai pas une machine à lancer ou du repassage à faire.
Puis arrive le repas et enfin le coucher.

Vous savez sûrement ce que je suis en train de décrire : la charge mentale.
Et je ne parle même pas des rendez-vous médicaux, des papiers administratifs et de tout le reste.

Être hypersensible lorsqu’on est mère ajoute une couche supplémentaire à cette charge mentale. Là où certaines personnes voient simplement une organisation du quotidien, nous ressentons une responsabilité émotionnelle en permanence. Tout doit être organisé.

Nous anticipons les besoins de chacun, nous réfléchissons à tout ce qui pourrait arriver et nous avons parfois beaucoup de mal à faire taire ce flot incessant de pensées.

Comment gérons-nous les imprévus ?

Pour une personne hypersensible, lorsqu’une seule minute de notre programme est décalée, nous pouvons nous sentir perdues, démunies, incapables.

Nous avons peur de ne pas être à l’heure à l’école, d’être en retard pour le coucher, alors qu’en réalité nous sommes souvent devant l’école vingt minutes à l’avance, cachées des autres par peur d’être jugées.

La cuisine est déjà prête, la table mise avant même que les douches soient prises.
Nous vivons dans le doute. Dans la peur de mal faire. Dans la peur d’être jugées.
Quand nous nettoyons la maison et qu’un objet a été déplacé ou posé quelque part entre-temps, cela peut sembler insignifiant pour vous. Pourtant, nous restons figées avec cette pensée :
« Et si quelqu’un venait à l’improviste et disait que la maison n’est pas propre ? »

Le manque de confiance en soi joue souvent un grand rôle dans l’hypersensibilité.

Nous sommes le miroir de vos émotions

Nous essayons constamment de faire au mieux. Nous nous mettons à la place des autres. Nous pleurons pour eux rien qu’en imaginant leur douleur. Nous pleurons devant les films, les livres, les anecdotes que nous entendons.

Lorsque notre enfant est triste ou malade, nous ressentons parfois sa peine comme si elle était la nôtre. Lorsqu’un proche traverse une période difficile, nous portons une partie de son chagrin avec lui.

Cette empathie est parfois épuisante, mais elle fait aussi partie de ce que nous sommes.
Mais nous ne sommes pas faibles. Loin de là.

J’aime penser que notre cœur est simplement tellement grand, que nous essayons de bien faire tout le temps, qu’il déborde parfois et laisse échapper quelques larmes.

Pourquoi dire non quand on peut dire oui ?


L’hypersensibilité est souvent liée à une grande empathie, mais aussi à un manque de
confiance en soi.

Quand on nous demande quelque chose, même si cela nous déplaît, nous avons tendance à dire oui. Par exemple, devoir faire 300 kilomètres pour accompagner quelqu’un qui ne souhaite pas faire la route seul. Pourtant, nous avions prévu autre chose ce jour-là. Ou peut- être avions-nous simplement besoin de nous reposer et de profiter enfin d’une journée
tranquille.

Et malgré tout… nous disons oui.

Parce que si nous avons le malheur de dire non, nous le regrettons presque instantanément.
Nous nous demandons si nous n’aurions pas dû faire un effort. Nous culpabilisons. Nous pensons :

« La pauvre, elle va faire toute la route seule à cause de moi. »

Alors nous nous en voulons. Nous retournons la situation dans tous les sens. Et parfois, cela finit même par nous arracher quelques larmes.
Au fond, pour éviter tout ce mélodrame qui se joue dans notre tête d’hypersensible, nous préférons souvent dire oui… même lorsque nous avions besoin de dire non.

L’hypersensibilité a quand même ses avantages

Pendant longtemps, je n’ai vu que les difficultés liées à mon hypersensibilité. Les larmes, les doutes, les remises en question permanentes.
Pourtant, avec le temps, j’ai compris que mon hypersensibilité n’était pas seulement un poids, mais aussi une qualité.

C’est elle qui me permet de ressentir quand ma fille ne va pas bien avant même qu’elle me le dise. C’est elle qui me pousse à prendre soin des autres, à remarquer les petits changements, les joies discrètes comme les peines silencieuses que personne ne voit forcément.

Elle me fatigue et me pousse régulièrement à trop réfléchir, mais elle fait aussi partie de ce qui fait de moi la femme et la maman que je suis aujourd’hui.

Aujourd’hui, je n’essaie plus de lutter contre mon hypersensibilité. Bien sûr, elle me fait pleurer devant une publicité ou à cause d’un bouchon de dentifrice mal rebouché. Mais elle fait aussi de moi une femme attentive, empathique et profondément humaine.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait être plus forte, moins émotive, moins sensible au regard des autres. Comme si ressentir autant était un problème à corriger.
Bref, je suis une maman, une femme mariée et hypersensible.
Alors oui, si j’ai envie de pleurer pour un bouchon de dentifrice mal rebouché… je le ferai !

Aujourd’hui, je vois les choses autrement.
Mon hypersensibilité fait partie de moi. Elle me complique parfois la vie, c’est vrai. Elle me pousse à réfléchir un peu trop, à anticiper davantage et à ressentir plus intensément certaines situations. Mais elle me permet aussi d’aimer profondément, d’écouter sincèrement et de vivre chaque émotion avec authenticité.

Finalement, je crois que je préfère vivre avec un cœur qui déborde plutôt qu’avec un cœur qui ne ressent plus rien.

Chronique invitée

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