Amour au cinéma : pourquoi le couple s’arrête toujours au premier chapitre ?

ideko

Le cinema glorifie le début de l’amour, mais et si la vraie histoire commençait après ?

J’adore les histoires d’amour au cinéma. Vraiment.

La rencontre improbable. Le regard qui dure 2 secondes de trop. Le premier baiser qu’on attend depuis 1h32. La musique qui monte exactement au bon moment.

Et puis enfin : ils sont ensemble. Générique.

Pardon ? C’est tout ?

Le cinéma passe 2 heures à nous expliquer comment tomber amoureux. Moi, j’aimerais bien voir ce qui se passe 8 ans après.

Parce que dans la vraie vie, le premier baiser n’est pas la fin de l’histoire. C’est presque l’introduction.

Après, il faut vivre ensemble. Se découvrir vraiment. Traverser la fatigue. Les enfants parfois. Les carrières. Les lessives. Les périodes où l’autre t’agace rien qu’en mâchant. Et malgré tout ça, continuer à avoir envie de lui raconter ta journée.

Personnellement, je trouve cette partie-là beaucoup plus fascinante. Mais visiblement, elle intéresse beaucoup moins les scénaristes.

MON PROBLÈME AVEC LES ROMANCES

Le cinéma adore la conquête. Il sait beaucoup moins quoi faire du couple une fois conquis.

Comme si rencontrer quelqu’un était une aventure… et réussir à continuer de s’aimer pendant 10 ans une simple formalité. Alors que franchement, j’aurais plutôt tendance à penser l’inverse.

ALORS, HEUREUX ? VITE, UN PROBLÈME

Pourquoi les couples qui durent doivent-ils toujours finir en crise ?

Regarde les séries. Dès qu’un couple devient stable, il faut faire quelque chose. Une tromperie. Une séparation. Un secret. Une ex qui revient. Un accident. Une mort si vraiment les scénaristes sont de mauvaise humeur.

Dans Desperate Housewives, Bree, Susan, Lynette et Gabrielle traversent à peu près toutes les catastrophes conjugales disponibles au catalogue.

Dans Friends, Ross et Rachel peuvent difficilement rester ensemble 5 minutes sans qu’on leur invente une nouvelle raison de se séparer.

Meredith et Derek dans Grey’s Anatomy ? Même chose.

Carrie et Big dans Sex and the City ? Des années à se tourner autour parce que, soyons honnêtes, s’ils avaient simplement été heureux au bout de la saison 2, il aurait fallu trouver autre chose à raconter.

Couple amoureux s'embrassant pour illustrer le début idéalisé des histoires d'amour au cinéma

Et je comprends parfaitement la logique. Un scénario a besoin de tension. De conflit. D’un obstacle.

Mais à force, on finit quand même avec une représentation assez étrange de l’amour : tant qu’on essaie d’être ensemble, c’est passionnant. Dès qu’on y arrive, il faut casser quelque chose.

LE BAISER ET PUIS RIEN

Le cinéma nous raconte toujours le premier chapitre

Le schéma est presque toujours le même. Ils se rencontrent. Ils ne devraient pas être ensemble. Ils se désirent. Ils doutent. Ils se ratent. Ils se retrouvent. Et au bout de 90 minutes : le baiser.

Magnifique. Mais moi, je veux la suite.

Dans Pretty Woman, j’aurais aimé voir ce que donne le lundi matin 3 ans plus tard.

Dans Bridget Jones, Bridget court en sous-vêtements pour Mark Darcy. Très bien. Mais qui descend les poubelles 7 ans après ?

Dans Coup de foudre à Notting Hill, la déclaration finale est parfaite. Mais comment ils gèrent ensuite le fait que l’une soit mondialement connue et l’autre libraire ?

Et Jeux d’enfants… bon. Disons simplement qu’il faut peut-être éviter d’utiliser ce film comme tutoriel conjugal.

Le « ils vécurent heureux » m’intéresse. C’est même précisément à cet endroit que j’ai envie qu’on commence à filmer.

ET QUAND ÇA DURE ?

Si l’amour fonctionne trop bien, quelqu’un finit souvent par mourir

Parce qu’il existe une autre solution très pratique pour raconter un grand amour sans devoir filmer sa banalité : le rendre impossible.

Titanic. Jack et Rose vivent un amour fulgurant. Et évidemment, il faut un iceberg.

Ghost. Un amour qui dépasse la mort. Parce qu’il fallait déjà commencer par tuer quelqu’un.

Bodyguard. Passion énorme. Mais pas de vie commune.

Sur la route de Madison. Une histoire magnifique justement parce qu’elle ne peut pas devenir un quotidien.

Et là encore, je comprends. Le manque est cinématographique. L’impossible est cinématographique. La perte est cinématographique. Mais à force, on finit presque par croire qu’un grand amour est forcément un amour qu’on ne peut pas vivre tranquillement.

ET SI ON ARRÊTAIT AVEC ÇA ?

L’intensité n’est pas forcément la preuve qu’une histoire est meilleure.

Certaines histoires sont intenses parce qu’elles sont instables. D’autres sont profondes précisément parce qu’elles ne demandent plus de survivre à une catastrophe différente tous les 6 mois.

LE MOT QUI FAIT PEUR

Et si la routine n’était pas le contraire de l’amour ?

Le cinéma nous a quand même appris un truc assez étrange : la routine serait l’ennemie du couple. Le contraire de la passion. Le signe que quelque chose s’est éteint.

Sauf que la routine, dans une relation longue, c’est aussi :

  • savoir comment l’autre prend son thé ;
  • connaître le regard qui signifie « on rentre ? » sans avoir besoin de parler ;
  • avoir 12 blagues que personne d’autre ne comprend ;
  • se répartir silencieusement les rôles quand un enfant vomit à 3h du matin ;
  • savoir quand l’autre a besoin qu’on lui parle… et quand il faut simplement lui foutre la paix.

Ce n’est peut-être pas spectaculaire. Mais ce n’est pas vide. Et surtout, ce n’est pas parce qu’une relation devient familière qu’elle doit devenir inexistante.

Le vrai problème arrive plutôt quand le couple disparaît complètement derrière la logistique. J’en parle dans Couple et libido : quand la charge mentale devient le vrai tue-le-désir . La routine n’est pas forcément le problème. La sensation d’être uniquement devenue gestionnaire, beaucoup plus.

Couple installé ensemble à la maison devant la télévision dans une scène de vie quotidienne
MOI, JE VEUX L’ÉPISODE D’APRÈS

Montrez-moi le couple 8 ans après le premier baiser

Voilà ce que j’aimerais voir davantage. Pas forcément un film entier sur la couleur des rideaux. On peut garder un minimum de dignité narrative.

Mais un couple qui traverse le quotidien sans devoir systématiquement se tromper, se quitter ou mourir pour devenir intéressant ? Oui.

Montrez-moi comment on continue à se choisir quand on se connaît déjà parfaitement. Comment on reste amoureux quand il n’y a plus de mystère sur le pyjama préféré de l’autre.

Comment on garde une place pour le désir quand il faut aussi penser aux courses, à l’école, aux impôts et au rendez-vous chez le dentiste.

Comment on change ensemble sans devenir exactement les mêmes personnes. Comment on traverse une période difficile sans que le seul ressort narratif soit : « Et si l’un des 2 rencontrait quelqu’un d’autre ? »

Parce que ça aussi, c’est une histoire. Et franchement, une assez grosse.

Tomber amoureux demande parfois quelques semaines. Continuer à se choisir pendant 15 ans, ça mérite peut-être aussi un scénario.

PAS BESOIN D’UN AÉROPORT SOUS LA PLUIE

La vraie vie romantique peut aussi commencer dans le salon.

Quand on a des enfants, une organisation et parfois exactement zéro envie de ressortir, recréer un moment de couple peut déjà changer l’ambiance. 5 dates amoureux à la maison sans baby-sitter →

HEUREUSEMENT, QUELQUES-UNS ESSAIENT

Certains films ont compris que la suite pouvait aussi être passionnante

Tout le cinéma n’abandonne évidemment pas ses personnages au premier baiser.

La trilogie Before Sunrise / Before Sunset / Before Midnight fait justement quelque chose que j’adore : elle revient. Elle regarde les personnages changer. Vieillir. Aimer autrement. Se décevoir parfois. Continuer malgré tout à avoir quelque chose à se dire.

Coup de foudre à Manhattan ou Bridget Jones 2 tentent aussi d’aller voir un peu après la conquête.

Et Là-haut réussit presque l’exploit inverse : nous faire ressentir en quelques minutes la puissance d’une vie entière à 2. Pas besoin d’une rupture toutes les 15 minutes. Juste du temps. Des souvenirs. Une histoire qui continue.

ET SI LE PROBLÈME ÉTAIT AUSSI LÀ ?

Le cinéma nous a peut-être appris à confondre amour et montée d’adrénaline

Je ne vais pas accuser Pretty Woman d’avoir ruiné nos couples. Il faut se détendre.

Mais je trouve quand même intéressant de voir à quel point notre imaginaire amoureux est rempli des mêmes codes. Le coup de foudre. La passion. Le manque. L’attente. La peur de perdre l’autre. La réconciliation spectaculaire. Tout ce qui crée une émotion énorme.

Et ensuite, dans la vraie vie, on découvre quelque chose de beaucoup moins cinématographique : un amour sain peut parfois être calme. Pas mort. Pas fade. Calme. Et je trouve que la nuance compte.

Ça rejoint aussi une autre question que je me pose : à force de chercher une relation qui coche tous les critères, est-ce qu’on ne finit pas par créer une nouvelle injonction de l’homme idéal ? Encore une fois, la vraie vie résiste assez mal aux cahiers des charges parfaits.

AUTRE VERSION DU SCÉNARIO

Et si certains « films de femmes » étaient surtout très instructifs pour les hommes ?

J’ai poussé cette idée beaucoup plus loin dans Ce que veulent les femmes après 35 ans : messieurs, prenez des notes . Parce que derrière les grands fantasmes du cinéma, il y a parfois des attentes beaucoup plus simples.

LA PARTIE QU’ON FILME MOINS

Être parents et amoureux : voilà déjà un scénario suffisamment compliqué

Parce que le couple adulte n’existe pas dans une bulle. Il y a parfois les enfants. Le travail. La fatigue. Les périodes où on ne se parle plus beaucoup parce qu’on passe surtout notre temps à transmettre des informations utiles.

« Il faut racheter des couches. » « Tu peux récupérer le colis ? » « La maîtresse a envoyé un mail. » Très sexy.

Et pourtant, là encore, il existe une histoire. Comment on retrouve le couple derrière l’équipe parentale. Comment on réapprend à parler d’autre chose que de logistique. Comment on remet un peu de nous dans une vie remplie de « il faut ».

Deux mains formant un cœur au coucher du soleil pour symboliser l'amour qui dure
ALORS, ON TOURNE LA SUITE ?

Le premier baiser n’est pas la fin. C’est juste le moment où la vraie histoire commence.

Je continuerai évidemment à regarder les comédies romantiques. À attendre le baiser. À râler quand ils se ratent à 30 secondes près dans un aéroport. À trouver totalement crédible qu’une femme quitte soudain son mariage pour courir sous la pluie rejoindre l’homme qu’elle aime. C’est le cinéma. Et j’adore ça.

Mais je trouve dommage qu’on traite encore si souvent le couple comme une récompense de fin de film.

Parce que dans la vraie vie, être ensemble n’est pas le trophée. C’est le début du boulot. Et parfois aussi le début du plus beau.

Le cinéma nous apprend très bien à tomber amoureux. J’aimerais qu’il nous raconte un peu plus comment on continue.

Parce qu’entre le premier regard et les 15 années suivantes, il y a des milliers de scènes. Moins spectaculaires. Moins bien éclairées. Parfois avec du linge qui sèche derrière. Mais pas forcément moins romantiques.

À lire aussi : si tu as envie de continuer du côté de la vraie vie, j’ai aussi parlé de la vie de couple quand on est quadra : complicité ou crise de la quarantaine ? .

Et toi, quel couple de cinéma aurais-tu aimé retrouver 10 ans après le générique ?

Ça t’a parlé ?

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Mila Clapelin

Salut, c'est Mila. Je suis une blogueuse slow, une maman quadra et une grande adepte du « good enough ». Ici, je te parle de vie de femme, de maison, de charge mentale, de décoration et de toutes ces petites choses qui nous aident à prendre un peu plus de place dans nos vies. Bienvenue dans mon univers. Fais infuser ton thé, installe-toi.

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