Témoignage : Les tablettes à l’école, on en parle ?

Enfant utilisant une tablette numérique à l’école, assise à un bureau avec des fournitures scolaires, symbole de la scolarité connectée et des écrans en classe.

Quand ma fille est entrée dans son nouveau collège, on lui a annoncé qu’elle travaillerait principalement sur tablette. Un iPad.
Évidemment, sur le moment, elle était ravie. Qui ne le serait pas ? À 11 ans, un iPad, ce n’est pas un outil pédagogique, c’est un objet de désir. Un symbole. Une marque de luxe. Presque une récompense.

Et puis, très vite, l’excitation est retombée. Chez elle. Chez nous aussi.

Parce qu’un iPad, ce n’est pas juste une tablette. C’est un objet cher. Fragile. Convoité. Et surtout : une responsabilité énorme qu’on fait porter à des enfants encore en construction.

Chez nous, on a toujours adapté la valeur des objets à l’âge.
Les vêtements chers, c’est quand on arrête de trouer tous ses jeans.
Les bijoux précieux, c’est quand on arrête de les perdre.
Le numérique, c’est pareil : reconditionné, robuste, pas clinquant. Pas pour punir, mais pour rester cohérent.

Alors quand le chef d’établissement a annoncé « un iPad pour la rentrée », ma fille m’a regardée avec des étoiles dans les yeux. Moi, j’ai pensé assurance scolaire, casse, vol, pression.
Et bien sûr, « ça dépend des assurances ».

Ça dépend toujours.

Mais au fond, la question est ailleurs : est-ce normal d’imposer un objet de cette valeur comme outil obligatoire de scolarité ?
Avec, en filigrane, l’angoisse permanente : faire tomber, se le faire voler, l’oublier, l’abîmer. Apprendre sous stress, ce n’est pas apprendre mieux.

Et très vite, elle m’a dit cette phrase, presque en passant :

« C’est fou le nombre d’élèves qui ont cracké leur iPad pour aller sur TikTok. »

Voilà. On y est.

Le téléphone est interdit au collège — et c’est très bien.
On répète aux enfants, aux parents, toute l’année : moins d’écrans, plus de concentration, moins de réseaux sociaux.
On culpabilise ceux qui donnent un téléphone trop tôt.
On encadre, on contrôle, on limite.

Et dans le même temps, on oblige les enfants à travailler sur écran toute la journée.

Sans tablette, pas de cours.
Sans tablette, pas de travail.
Sans tablette, parfois même pas de devoirs à la maison (coucou Pronote).

Comment expliquer à des enfants qu’ils doivent apprendre à réguler leur rapport aux écrans… tout en les rendant dépendants d’un écran pour apprendre ?

C’est souffler le chaud et le froid à des cerveaux encore en formation.

Pire : quand il n’y a pas assez de tablettes disponibles, certains élèves ne peuvent tout simplement pas travailler.
Et là, on atteint l’absurde.
Une prof a même demandé à ma fille d’utiliser son téléphone personnel — alors même qu’il est verrouillé en mode école. Logique implacable.

On lui a finalement dit de travailler avec sa voisine… qui était complètement perdue sur sa tablette mais qui n’osait pas le dire !

On parle beaucoup d’égalité des chances.
Mais que vaut cette égalité quand l’accès au savoir dépend d’un objet numérique coûteux, instable, piratable, inégalement maîtrisé ?

Et puis il y a le fond. L’apprentissage.

Écrire sur un écran n’est pas écrire sur du papier.
Lire sur une tablette n’est pas lire un livre.
Ce n’est pas mieux ou moins bien dans l’absolu — ce n’est pas la même expérience cognitive.

Dans notre cas, pour ma fille, c’est moins bien.

Elle prend l’iPad à la légère, parce que trop d’autres le font.
Elle voit l’objet détourné, vidé de son sens pédagogique.
Et surtout, elle se sent exclue de l’apprentissage si elle ne l’a pas.

Avec son téléphone, elle demande du cadre. Du contrôle parental. Des règles claires.
Avec l’iPad scolaire, il n’y a qu’une règle : sans lui, tu ne travailles pas.

Ce n’est pas un cadre. C’est une contrainte.

Alors oui, il y a un avantage indéniable : son sac est plus léger. Et son dos lui dit merci.
Mais pour le reste ?
Pour nous, cet iPad ressemble surtout à un cadeau empoisonné. Une belle idée sur le papier — ironie — mais une réalité bien plus bancale.

D’ailleurs, certains pays commencent à faire marche arrière. Et honnêtement, je comprends.

Ce texte n’est pas anti-écran.
Il n’est pas nostalgique du « tout papier ».
Il est une invitation à réfléchir. Vraiment.

À se demander si la technologie, quand elle devient obligatoire, massive, non choisie, ne finit pas par desservir ce qu’elle prétend améliorer.

À se demander si apprendre ne mérite pas mieux qu’un écran de plus.

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