Je vais commencer par le dire clairement, parce que sinon on perd du temps :
oui, je suis heureuse en couple.
Vraiment heureuse.
Pas dans le déni, pas dans l’illusion, pas dans une version Instagram du bonheur.
Je suis avec l’homme de ma vie depuis presque 20 ans. On a construit, choisi, traversé, grandi. On s’aime encore. On rit encore. On se comprend. Et surtout, on se choisit.
Et pourtant…
Être heureuse en couple n’empêche pas de se questionner
On a souvent l’impression que le bonheur conjugal devrait tout lisser.
Comme si, une fois la bonne personne trouvée, toutes les questions intérieures devaient se taire d’elles-mêmes.
La réalité est plus nuancée.
Être heureuse en couple n’empêche pas de se poser des questions sur soi.
Sur sa liberté.
Sur son identité.
Sur la femme qu’on est devenue à côté de la compagne, de la mère, du pilier familial.
Je n’ai pas envie de partir.
Je n’ai pas envie de tromper.
Je n’ai pas envie de “plus”.
J’ai juste parfois envie… d’autre chose. Et ça, c’est beaucoup plus difficile à expliquer.
Quand l’amour durable ne nourrit pas toutes les facettes de soi
L’amour qui dure est un amour profond.
Il rassure.
Il sécurise.
Il construit.
Mais il n’est pas toujours léger.
Il n’est pas toujours surprenant.
Il n’est pas toujours spontané.
Ce n’est pas un reproche.
C’est le prix de la durée.
Quand on est engagée depuis longtemps, quand on partage une vie, des enfants, des responsabilités, on n’est plus seulement aimée : on est aussi attendue, nécessaire, structurante.
Et parfois, au milieu de tout ça, il manque un espace.
Un espace où l’on n’est pas indispensable.
Un espace où l’on n’est pas “le socle”.
Un espace où l’on peut juste être soi, sans enjeu.
Le fantasme moderne : tout attendre d’une seule personne
On demande aujourd’hui beaucoup — parfois trop — à la personne avec qui on partage sa vie.
On attend qu’elle soit :
- un amour solide,
- un ami complice,
- un confident absolu,
- un soutien émotionnel constant,
- un miroir valorisant,
- une source de désir durable.
Cette attente n’est pas absurde. Elle est humaine.
Mais elle est parfois lourde à porter, pour l’autre comme pour soi.
Et quand certaines de ces fonctions ne sont pas pleinement nourries dans le couple, ce n’est pas forcément parce que le couple est défaillant.
C’est parfois parce qu’il est simplement… réel, ancré.
L’ailleurs émotionnel : une respiration, pas une fuite
L’ailleurs émotionnel n’est pas toujours une envie de transgression.
Ce n’est pas forcément un manque d’amour.
Ce n’est pas une remise en cause du couple.
C’est souvent une respiration.
Un lien où l’on se sent regardée autrement.
Où l’on se sent désirable sans pression.
Où l’on existe hors du cadre familial, conjugal, organisationnel.
Cet ailleurs peut être doux.
Il peut être rassurant.
Il peut même être nécessaire à un moment donné.
Mais il a aussi un revers : celui de déplacer, plutôt que résoudre, certaines tensions intérieures.
La culpabilité qui arrive sans prévenir
Ce qui est troublant, c’est que cette recherche d’un ailleurs émotionnel s’accompagne souvent d’une culpabilité silencieuse.
On culpabilise de ne pas se contenter de ce qu’on a.
On culpabilise de ressentir quelque chose sans l’avoir choisi.
On culpabilise d’être heureuse… et quand même un peu en déséquilibre.
Il n’y a pas de faute claire.
Pas de mensonge.
Pas de trahison.
Et pourtant, quelque chose grince, sort d’un cadre préétabli.
Ce que cet ailleurs raconte de moi (et peut être de toi)
Avec le temps, j’ai compris que cet ailleurs ne disait pas grand-chose de mon couple.
Il parlait surtout de moi.
De mon besoin de liberté.
De ma peur de dépendre affectivement d’une seule personne.
De mon envie de rester multiple, vivante, mouvante, hybride.
De ma difficulté à accepter qu’un choix heureux soit aussi engageant.
Aimer profondément, c’est aussi accepter une forme de renoncement.
Et parfois, ce renoncement fait peur.
Aimer sans disparaître
Le vrai défi, peut-être, n’est pas de choisir entre aimer et être libre.
Mais d’apprendre à faire cohabiter les deux sans se perdre.
Aimer sans s’effacer.
S’engager sans se dissoudre.
Construire sans se refermer.
Je ne crois pas que l’ailleurs émotionnel soit une solution en soi.
Mais je crois qu’il est un signal.
Un signal à écouter, sans panique, sans jugement.
Parce que ce n’est pas toujours l’amour qui vacille.
C’est parfois simplement l’équilibre intérieur qui demande à être réajusté.
-
-
Ana Origami Mama
Dur de mettre le doigt sur quelque chose de rarement nommé sans être aussitôt jugé : ce fameux moment où ton couple va bien, mais où tu commences à te sentir à l’étroit à l’intérieur de toi-même.
C’est top que tu ne fasses ni l’apologie de l’ailleurs émotionnel, ni son procès. Parce que ce qui se joue ici, à mon sens, ne parle pas tant du couple que de ce qu’on sacrifie parfois en devenant « le socle ».
La vraie question n’est peut-être pas où est-ce que l’on regarde « ailleurs », mais CE qu’on a cessé d’habiter en soi.
Merci pour ton article qui donne à réfléchir !
Virginie
Tout à fait d’accord. On peut très bien être heureuse en couple tout en ayant une vie sociale riche. L’important c’est la transparence !