7 jours en Italie pour récupérer mon ex : mission reconquête activée

ideko

Il a dit oui. Pour la suite, j’avais 7 jours, 2 sièges de car et absolument aucun plan.

« On se met à côté dans le car ? »

Je l’avais dit comme si l’idée venait de me traverser l’esprit…

Autour de nous, les sacs s’entassaient, les parents donnaient leurs dernières recommandations et les profs essayaient déjà de compter des lycéens beaucoup trop excités pour avoir la bonne idée de rester au même endroit.

Une question toute simple, donc.
Sauf que je l’avais répétée pendant pratiquement tout le trajet avec ma mère.

« Et si on se mettait à côté dans le car ?« 
Trop enthousiaste.

Tu veux qu’on se mette à côté dans le car ?
Beaucoup trop demandeuse.

Finalement, j’avais opté pour le naturel.
À 17 ans, on peut consacrer une énergie considérable à avoir l’air spontanée.

Gérald m’a regardée.
Il a souri.
Puis il a jeté son sac sur un siège.

C’était oui.

Et à cet instant précis, le voyage pouvait commencer.
Enfin.

Parce que je n’attendais pas seulement cette semaine en Italie. J’attendais aussi ce que j’espérais secrètement y retrouver.
Gérald.

Quelques mois auparavant, il m’avait quittée.
Brutalement.

Sans dispute spectaculaire. Sans longue dégradation de notre histoire qui aurait pu me préparer. Un jour, j’étais la petite amie de Gérald. Le lendemain, j’étais enfermée dans les toilettes du lycée à appeler ma mère en pleurant.

Je ne savais toujours pas vraiment pourquoi.
Aujourd’hui non plus d’ailleurs.

J’avais passé les semaines suivantes à essayer d’apprendre à vivre sans lui, avec Grégoire qui me ramassait régulièrement en morceaux et Duphy qui venait de prendre une place immense dans ma vie.

Puis Gérald et moi avions recommencé à nous parler.

« On reste amis ? »
La bonne blague.

Nous avions beaucoup de centres d’intérêt en commun, les mêmes références, des souvenirs partout et cette facilité à nous retrouver qui rendait notre statut d’« amis » assez peu crédible à mes yeux.

Je voulais le récupérer.
Je ne savais simplement pas comment.

Et maintenant, j’avais une quinzaine d’heures de car devant moi.
Ce qui, à 17 ans, ressemblait presque à un plan.

Les meilleures places du car n’étaient finalement pas au fond

Grégoire, Duphy et les autres avaient déjà colonisé leur territoire.
Le fond.
Évidemment.

La grande banquette était le meilleur endroit pour parler fort, rire encore plus fort et vivre suffisamment loin des accompagnants pour entretenir l’illusion que nous étions autonomes.

Grégoire y était parfaitement à sa place.

Nous partions avec toute une partie de notre univers lycéen. Des amis proches, d’autres qui gravitaient autour, des filles et des garçons que nous connaissions parfois depuis des années.
Nous savions depuis longtemps que nous ferions ce voyage ensemble.

Et j’avais envie de tout.

De l’Italie.
Des visites.
Des soirées.
De Duphy.
Des conneries avec Grégoire.

De cette sensation merveilleuse d’avoir 17 ans et de partir une semaine avec sa famille de cœur.

Mais à cet instant précis, je suivais surtout Gérald dans l’allée du car.
Et j’étais fière.
Un peu trop, probablement.

Avec Gérald, j’avais toujours eu cette sensation étrange de prendre quelques centimètres gratuitement.

Il était beau, grand, sportif, intelligent. Il avait cette assurance qui donnait parfois l’impression qu’il était déjà arrivé quelque part alors que nous étions tous encore en train de chercher la direction.

Les filles le regardaient.
Je le savais.

Et après les mois qui venaient de s’écouler, je dois reconnaître que retrouver publiquement notre complicité me procurait une satisfaction absolument délicieuse.

Certaines s’étaient beaucoup trop intéressées à notre rupture.
Je pouvais être magnanime.
Mais pas au point de ne pas savourer.

Nos amis nous faisaient signe de rejoindre le fond.
Gérald avançait devant moi.
Puis il s’est arrêté.
Au niveau des toilettes.

Il a regardé 2 sièges légèrement isolés du reste.
— On sera mieux ici.
Et il a posé son sac.

J’ai regardé les sièges.
Puis Gérald.
Puis probablement les toilettes.

Parce qu’il fallait tout de même mesurer l’intégralité du sacrifice.
Ce n’était pas exactement la banquette la plus glamour du car.

Mais ces 2 places avaient un avantage considérable.
Nous n’avions personne à côté de nous.

J’ai souri.
Il a souri.
Nous nous étions compris.

Au fond, Grégoire aussi avait compris.
Je l’ai vu nous regarder.

Quelques semaines auparavant, il m’avait tenue par la main pendant que je pleurais Gérald au milieu des autres. Il avait été là pendant les semaines où je n’arrivais pas à comprendre comment notre histoire avait pu s’arrêter aussi brutalement.

Cette fois, il n’a rien dit.
Un sourire.
C’était suffisant.

Heureusement, Grégoire était là.
Mais pour les prochaines heures, je n’avais aucune intention de m’asseoir avec lui.

Le moteur a démarré.
Gérald était à côté de moi.

Et nous avions plus de 15 heures devant nous.

« Ça vaut bien 1 point, ça »

Au début, nous avons parlé.
Vraiment parlé.

Du voyage.
Du lycée.
Des autres.
Des rumeurs de couloir…

Puis, très vite, de nous.
Pas de notre rupture.
Pas de ce qu’elle signifiait.

Nous n’avons pas eu cette grande conversation adulte où chacun analyse ce qui s’est passé, verbalise ses émotions et définit les nouvelles règles de la relation.

Nous avions 17 ans.
Nous avons parlé de nos films.
De nos jeux.
De nos anecdotes.

De toutes ces petites choses que nous avions accumulées pendant notre histoire et qui étaient toujours là malgré les mois de séparation.

C’était étrange.

Nous nous croisions au lycée presque quotidiennement et pourtant, assise à côté de lui, j’avais l’impression de retrouver quelqu’un que je n’avais pas vu depuis des années.

Notre complicité n’avait pas disparu.
Elle avait simplement attendu.

Puis il y eut un geste.
Un effleurement.
Presque rien.

Le genre de contact suffisamment léger pour que celui qui l’a provoqué puisse encore prétendre qu’il s’agit d’un accident.

Sauf que je connaissais Gérald.
Et Gérald me connaissait.

Je l’ai regardé.
— Ça vaut bien 1 point, ça.

Il a souri.
Voilà.

La partie était lancée.
J’avais transformé ça en compétition.

Gérald adorait jouer.
Surtout lorsqu’il pouvait gagner.

Il n’allait évidemment pas rester avec son pauvre point.

Alors il en a marqué un autre.
J’ai répondu.

Un rapprochement discret rapportait peu.
Un geste un peu moins innocent davantage.
Le règlement s’est écrit tout seul au fur et à mesure que nous avancions.

Personne n’avait défini le nombre de points nécessaires pour gagner.
Ça aussi, c’était plutôt pratique.

Autour de nous, le car continuait sa vie.

À cette époque, un téléphone servait encore essentiellement à téléphoner. Nous n’avions pas chacun un écran capable de nous absorber pendant 6 heures.

Alors quelqu’un a proposé un film.
Le car a voté.

Gérald et moi n’avons même pas participé.
Nous savions déjà que nous ne regarderions pas l’écran.

Le paysage défilait.
Les heures aussi.

Et progressivement, quelque chose s’est refermé autour de nos 2 sièges.
Les autres étaient toujours là.

J’entendais Grégoire rire derrière.
Je pouvais parler avec Duphy lorsqu’elle venait nous voir.

Nous faisions partie du groupe.
Mais sur ces 2 sièges, une autre histoire était en train de reprendre.

Et je n’avais aucune envie de lui demander son nom.

Le tunnel du Mont-Blanc

La nuit était tombée lorsque nous sommes entrés dans le tunnel du Mont-Blanc.
Je me souviens encore de cette sensation très particulière.

Nous savions tous ce qu’il y avait au bout.
L’Italie.

Pas une aire d’autoroute.
Pas une autre étape du trajet.
L’Italie.

Après toutes ces heures de route, le tunnel ressemblait presque à un sas entre notre vie habituelle et le voyage que nous attendions depuis des mois.

Et plus nous avancions, plus le car se réveillait.

Quelqu’un a commencé à parler de la sortie.
Puis plusieurs personnes.

Et naturellement, quelque part au fond, Grégoire s’est chargé du reste.

Il avait cette capacité.
Une phrase.
Une connerie.
Une impulsion.

Et soudain tout le monde suivait.

À mesure que nous approchions de la fin, l’ambiance est devenue celle d’un 31 décembre.
C’est exactement le souvenir que j’en garde.

Un compte à rebours.
Comme si nous attendions minuit.

Comme si quelque chose allait réellement changer lorsque le car franchirait les derniers mètres.

Les voix montaient.
Tout le monde regardait devant.
On commençait à distinguer la sortie.

Encore quelques centaines de mètres.
Puis moins.

Le décompte s’est accéléré.
Grégoire chauffait le fond du car.
Les autres reprenaient.

Tout le monde était surexcité.
Enfin…

Presque tout le monde.

Parce que Gérald et moi avions légèrement décroché des festivités.

Je savais que nous approchions de l’Italie.
Je savais que tout le car était en train de compter.

Mais à ce moment-là, j’étais beaucoup plus intéressée par le garçon assis à côté de moi que par la frontière franco-italienne.

Les derniers chiffres ont résonné.
Puis nous sommes sortis du tunnel.

Et le car a explosé.

Des cris.
Des bras levés.
Des rires.

Grégoire et toute la bande fêtaient notre arrivée comme s’il venait réellement de passer minuit.
Nous étions en Italie.

Et pendant que tout le monde célébrait ce passage…
Gérald m’a serrée contre lui.
Il m’a embrassée.

Pas un effleurement.
Pas quelques points supplémentaires à notre jeu.

Un vrai baiser.

Autour de nous, c’était le chaos.
Et moi, j’ai eu l’impression que tout venait de passer au ralenti.

Une scène de La Boum.
La musique, les cris, l’agitation autour et 2 personnes qui, pendant quelques secondes, sont en mode « slow ».

Bon.
Sophie Marceau avait probablement bénéficié d’un environnement légèrement plus romantique que 2 sièges placés à côté des toilettes d’un car scolaire.

Mais je n’aurais échangé ma place pour rien au monde.

J’étais en Italie.
Et Gérald m’embrassait.

À partir de là, nous n’avons plus vraiment essayé de faire semblant lorsque nous étions seuls.
Le reste du trajet a été une succession de baisers, de gestes tendres, de conversations et de cette proximité qui m’avait tellement manqué.

Nous n’avons pourtant toujours pas parlé de ce que nous étions.

Pas de :
On se remet ensemble ?

Pas de :
Qu’est-ce que ça veut dire ?

Rien.

Et, chose assez exceptionnelle pour moi, je ne me suis même pas posé la question.
Je n’avais pas besoin de savoir ce qui arriverait lundi prochain.

Nous étions vendredi soir.
Nous avions une semaine entière devant nous.

Une semaine en Italie avec nos amis.
Une semaine avec Grégoire capable d’inventer une soirée dès qu’un adulte aurait le dos tourné.
Une semaine avec Duphy.
Une semaine avec Gérald.

Et lorsque le car s’est finalement arrêté et que nous avons rejoint les autres comme si rien de particulier ne venait de se passer près des toilettes, je n’ai ressenti aucune inquiétude.

Gérald était reparti vers les garçons.
Moi vers les filles.
C’était très bien comme ça.

Parce que je savais déjà quelque chose qu’eux ignoraient encore.
À un moment ou à un autre, il faudrait remonter dans le car.

En Italie, nous avions 2 vies

Et nous y sommes remontés souvent.
Beaucoup, même.

Notre voyage nous faisait descendre progressivement l’Italie jusqu’à Naples. Nous changions de ville, d’hôtel, de paysage. Nous visitions énormément et, entre chaque étape, il fallait reprendre la route.

Ce qui aurait pu être la partie la plus pénible d’un voyage scolaire est rapidement devenu l’une de mes préférées.

Parce que Gérald et moi avions fini par vivre 2 voyages en parallèle.

Lorsque nous descendions du car, nous retrouvions les autres.
Je pouvais passer du temps avec Duphy, rire avec Grégoire, discuter avec Vanessa, Margot ou n’importe qui d’autre. Gérald faisait exactement la même chose.

Nous n’étions pas ce couple insupportable qui disparaît dès qu’il est réuni.
D’ailleurs, officiellement, nous n’étions même pas un couple.

Nous étions 2 individus dans une bande.
Et j’adorais ça aussi.

J’adorais cette bande.
J’adorais l’effervescence du voyage, les conneries, les discussions, les restaurants, les visites, les moments où Grégoire réussissait à entraîner tout le monde dans son énergie.

Je ne voulais surtout pas choisir entre Gérald et les autres.
Je n’avais pas besoin de le faire.

Parce qu’à un moment, les profs finissaient toujours par prononcer la phrase que j’attendais :
« On remonte dans le car.« 

Et là…
Je retrouvais Gérald.

Nos 2 sièges.
Notre jeu.
Nos conversations.
Nos baisers.

Tout reprenait exactement là où nous l’avions laissé.

La porte du car se refermait et, pendant quelques kilomètres, les autres pouvaient bien continuer leur propre voyage.

Dehors, nous appartenions à la bande. Dans le car, nous n’appartenions plus qu’à nous.

C’était devenu notre petite maison roulante.
Une bulle dans la bulle.

Et plus nous visitions, plus j’étais contente.
Parce qu’une nouvelle visite signifiait forcément un nouveau trajet.

Je profitais pleinement de l’Italie.

Mais je dois reconnaître qu’après plusieurs heures à marcher, je commençais parfois à attendre avec beaucoup d’impatience le moment où nous allions enfin retrouver ces 2 sièges absolument affreux près des toilettes.

Le romantisme a parfois des exigences assez modestes.

Mon joli basketteur était mon phare

Dehors, pourtant, Gérald n’était jamais très loin.
Il était même particulièrement facile à retrouver.
Nous évoluions dans le mêm groupe.

Mon joli basketteur faisait une tête de plus que beaucoup de monde.

Au milieu d’une place remplie de touristes ou d’un groupe de lycéens en mouvement, il me suffisait généralement de chercher légèrement au-dessus des autres.

Je trouvais sa tête blonde.
Gérald était mon phare pendant ce voyage.

Parfois, nos regards se croisaient.
Et c’était tout.

Un sourire.
Un regard légèrement plus long.
Quelque chose que personne d’autre n’avait besoin de comprendre.

Ça me suffisait largement.
Parce que moi, je savais.

Margot, en revanche, ne savait rien.
Et cette petite différence a eu un effet absolument merveilleux sur ma jalousie.

Margot gravitait autour de Gérald depuis notre arrivée au lycée.
Elle adorait lui parler.
Être près de lui.
Elle se définissait « de même niveau intellectuel » !

Et surtout, elle avait compris très tôt que sa proximité avec Gérald possédait un pouvoir assez spectaculaire sur mes nerfs.

Pendant presque un an, elle avait appuyé sur ce bouton avec une régularité remarquable.
À l’époque où Gérald et moi étions ensemble, ça me rendait folle.
Après notre rupture, elle avait encore moins de raisons de se priver.

Et en Italie, elle continuait.
Je la voyais aller vers lui.
Rester à côté de lui.
Discuter avec lui.
Chercher sa compagnie.

Sauf que cette fois…
Ça me faisait doucement rigoler.

Margot connaissait uniquement la partie visible de notre voyage.

Elle voyait Gérald dehors.
Elle ne voyait pas Gérald dans le car.
Elle ignorait notre jeu.

Nos baisers.
Nos heures à 2.

Elle ignorait ce qui s’était passé au moment où nous avions franchi le tunnel.
Alors elle pouvait bien passer toute une visite à côté de lui si ça lui faisait plaisir.

Moi, je savais où il s’assiérait lorsque nous repartirions.

Pendant presque un an, Margot avait réussi à me rendre jalouse alors que je savais pourtant qu’elle ne représentait aucun danger.

En Italie, je l’avais enfin sortie d’une équation dans laquelle elle n’avait jamais vraiment eu de place.

Si seulement elle avait su ce qui se passait dans le car, elle aurait peut-être été un peu moins audacieuse.

Cette pensée était mesquine.
Elle me plaisait beaucoup.

J’avais 17 ans…

« Miiiiilaaaa ! »

Notre premier hôtel ne m’avait pourtant pas particulièrement impressionnée à notre arrivée.
Il faisait nuit.

Je me souviens surtout d’une grande bâtisse blanche et d’un immense terrain en terre devant.
Après toutes ces heures de route et quasiment aucune nuit, le paysage pouvait attendre.

Je partageais ma chambre avec Duphy.
Gérald était installé à l’étage au-dessus avec Grégoire.

Ça aussi, ça me convenait parfaitement.

J’avais retrouvé ma meilleure amie.
Lui son meilleur pote.

Et je savais que Grégoire était incapable de laisser une soirée se terminer simplement parce qu’un adulte avait décrété qu’il était l’heure de dormir.
J’avais confiance en ses capacités.

Je me suis couchée, épuisée.
Et le lendemain matin, quelqu’un a hurlé mon prénom.
— Miiiiiiilaaaa !

Pas besoin d’ouvrir les yeux pour savoir.
Grégoire.

Je me suis levée et j’ai bondi sur le balcon.
J’ai regardé vers le haut.

2 têtes dépassaient du balcon blanc grisé situé juste au-dessus du nôtre.

Grégoire.
Et Gérald.

Duphy m’a rejointe.
Et c’est seulement à cet instant que j’ai découvert ce qu’il y avait de l’autre côté de notre hôtel.
La Méditerranée.

Du sable.
Des rochers.
La mer.

Et un vent suffisamment violent pour nous réveiller beaucoup plus efficacement qu’une douche froide.

Je m’étais imaginé une Méditerranée douce et tranquille.
Ce matin-là, elle avait décidé de copier la Bretagne.

Grégoire continuait à nous parler depuis le balcon du dessus.
Duphy était à côté de moi.
Gérald nous regardait.

Et je revois encore aujourd’hui ces 2 têtes penchées au-dessus de la rambarde.
Je ne me suis évidemment pas dit :
« Attention Mila, photographie mentalement cet instant, tu t’en souviendras encore dans plus de 20 ans.« 

À cet âge-là, on ne sait pas encore quels souvenirs vont rester.
On vit.
C’est tout.

Et moi, ce matin-là, j’avais tout ce dont j’avais besoin.
Ma famille de cœur était là.

Je crois que c’est aussi pour ça que ce voyage est resté aussi vivant dans ma mémoire.
Je n’étais pas seulement partie en Italie avec le garçon que je voulais récupérer.
J’étais partie avec eux.

Des siècles d’Histoire et une bataille de parmesan

Nous avons visité énormément de choses cette semaine-là.
Je pourrais essayer aujourd’hui de reconstruire consciencieusement chaque étape, chaque monument, chaque vestige.
Je préfère m’abstenir.

D’abord parce que ma mémoire a décidé de classer certains événements avec une logique qui lui appartient.

Ensuite parce qu’il y a quelque chose d’assez humiliant à reconnaître que des professeurs ont organisé un voyage culturel à travers l’Italie et que, des années plus tard, mon cerveau a conservé avec une précision remarquable… une bataille de parmesan.

Nous étions dans un restaurant.
Il y avait du parmesan.
Nous avions 17 ans.

Je pense que ces 3 informations suffisent à comprendre comment la situation a dégénéré.

Il y eut également une histoire de pâtes qui sifflaient.
Ne me demande pas pourquoi.

Certains souvenirs reviennent avec leurs images mais sans leur mode d’emploi.
Et entre ces grands moments de rayonnement culturel, nous visitions réellement.

Florence.
Rome.
Puis plus au sud.

Nous marchions beaucoup.
Nous découvrions des endroits fabuleux.

Nous prenions des photos avec ces appareils dont il faudrait attendre le développement pour découvrir qu’un doigt cachait la moitié de l’image.

Et régulièrement.. le car.

Gérald.
Notre bulle.

Puis de nouveau les autres.
J’avais trouvé un équilibre parfait.

Et je n’avais absolument aucune envie de réfléchir à ce qu’il signifiait.
Pas encore.

Vanessa avait été ma baby girl bien avant l’Italie

La nuit suivante, nous avons changé d’hôtel.
Cette fois, les chambres étaient prévues pour 4.
Duphy et moi allions nous installer avec Vanessa et Margot.

Je les connaissais depuis des années.
Vanessa, surtout.

Au collège, elle avait été l’une de mes meilleures amies.
Nous étions tout le temps ensemble.

Vanessa était petite, très jolie et terriblement peu sûre d’elle.
Ma baby girl.

Moi, à cette époque, j’étais plutôt la casse-cou du groupe. Le garçon manqué qui n’avait pas spécialement peur d’aller au contact.
Alors lorsque des filles plus grandes venaient l’embêter, je la protégeais.

Puis le lycée était arrivé.
Et Vanessa avait trouvé Margot.

Margot, je la connaissais depuis la primaire. Nous avions toujours plus ou moins évolué dans les mêmes groupes sans jamais être particulièrement proches.

Entre Vanessa et elle, en revanche, ça avait été immédiat.
Un véritable coup de foudre amical.

Je pouvais difficilement leur reprocher.
J’avais connu exactement la même chose avec Duphy.

Vanessa et Margot étaient devenues inséparables.
Tellement que leur fusion leur avait parfois porté préjudice. Le lycée leur avait inventé sa propre version de leur relation, comme les lycées savent si bien le faire.

Mais elles n’étaient absolument pas isolées.
Elles étaient toujours là.
Dans les soirées.
Dans les sorties.
Dans les groupes.

Des électrons libres qui circulaient partout mais revenaient toujours l’une vers l’autre.
Nous retrouver toutes les 4 dans la même chambre n’avait donc rien d’étrange.

Les adultes, eux, avaient soigneusement organisé les lieux.

Les garçons d’un côté.
Les filles de l’autre.

Et les chambres des accompagnants suffisamment bien positionnées pour empêcher toute circulation nocturne entre les 2 territoires.

Ils avaient pensé à tout.

Enfin…
Presque.

Parce que notre chambre possédait une grande fenêtre.
Et derrière cette fenêtre, il y avait des toits…

Pour rejoindre la soirée de Grégoire, nous avons évidemment choisi les toits

Grégoire avait organisé une soirée clandestine dans sa chambre.
Le mot « organisé » est peut-être généreux.

Disons plutôt qu’à un moment donné, il avait décidé que tout le monde devait se retrouver dans sa chambre.

Et lorsque Grégoire décidait qu’une soirée continuait, elle continuait.

Je voulais y aller.
Évidemment pour retrouver Gérald.
Mais pas seulement.

C’était notre bande commune.
Notre voyage.
Notre semaine.

J’attendais presque autant ces prolongations nocturnes que les moments passés dans le car.
Le problème était simplement d’atteindre la chambre.

Par l’intérieur : impossible.
Par l’extérieur… les toits se succédaient.
3 ou 4 à traverser.

Pas très pentus.
Il faisait encore jour.

À 17 ans, ces éléments constituent apparemment une étude de risques parfaitement suffisante.

Duphy est passée devant.
La gymnaste.

Enfin quelqu’un dont les années d’entraînement allaient servir à quelque chose d’essentiel.
Vanessa, Margot et moi avons suivi.

Il fallait avancer.
S’accroupir sous certaines fenêtres.
Éviter les regards.

Et surtout essayer de ne pas rire.
C’était probablement le plus difficile.

4 filles qui traversent discrètement les toits d’un hôtel italien pour rejoindre une chambre de garçons ont tendance à trouver leur propre situation extrêmement drôle.

Nous avons franchi les toits.
Puis nous sommes entrées par la fenêtre.
Toutes les 4.

Comme si c’était parfaitement normal.

Grégoire avait réussi son coup.
La soirée pouvait commencer.

J’ai retrouvé Gérald.
Il m’a regardée avec ce petit air qui ressemblait à de la fierté.

Il était fier que j’aie traversé des toits pour arriver jusque-là.
Et moi, j’étais fière qu’il soit fier.

Aujourd’hui, cette phrase me fait légèrement lever les yeux au ciel.

À 17 ans, j’étais ravie.
Il faut bien que jeunesse se fasse.

Nous avons profité de la soirée.
Nous avons ri.

Nous avons fait suffisamment de bruit pour que notre discrétion soit probablement très relative.

Puis il a fallu rentrer.
Nous avons regardé la fenêtre.
Les toits.

Notre chambre quelque part de l’autre côté.
À l’aller, tout s’était parfaitement passé.
Il n’y avait donc aucune raison de s’inquiéter.

À un détail près.
Cette fois, il faisait nuit.

Le problème avec les bonnes idées, c’est qu’elles sont parfois relatives

De jour, les toits nous avaient paru relativement inoffensifs.
De nuit, ils avaient changé d’avis.

Nous n’étions pas dans le noir complet. Une lumière extérieure éclairait une partie du parcours.

Enfin, par intermittence.
Parce que quelqu’un avait manifestement décidé que l’hôtel devait faire des économies d’énergie.

La lumière s’allumait pendant une trentaine de secondes.
Puis s’éteignait une trentaine de secondes.

Une trentaine de secondes dans le noir complet.

Il fallait donc avancer lorsqu’elle s’allumait, s’immobiliser lorsqu’elle s’éteignait et recommencer.

Un jeu.
Encore un.

Sauf que celui-ci était nettement moins drôle que celui que je partageais avec Gérald dans le car.

Duphy a repris la tête.
C’était évidemment la plus agile de nous 4 et, dans ce genre de situation, j’avais une confiance assez absolue en elle.

Derrière, nous suivions.
Accroupies.
Beaucoup moins bruyantes qu’à l’aller.
Beaucoup mois fières aussi.

La lumière s’allumait.
On avançait.

Elle s’éteignait.
On s’arrêtait.

Nous progressions doucement vers notre chambre lorsque j’ai entendu quelque chose bouger.
Une tuile.

Puis Vanessa a glissé.
Pas brutalement.
C’était presque pire.

Je l’ai vue partir doucement vers le bas du toit.
Vanessa était minuscule.
Elle l’avait toujours été.
Ma baby girl.

Et tout à coup, ma baby girl était en train de descendre vers une gouttière sur le toit d’un hôtel italien en pleine nuit.

— Duphy !
Je lui ai demandé de me tenir.
Je me suis allongée autant que possible pour essayer d’attraper Vanessa.

Elle avait fini sa glissade dans la gouttière.
Elle ne pouvait, ni elle ne devait plus bouger.

Et là, j’ai arrêté de trouver notre expédition amusante.

Parce que derrière la gouttière…
il y avait le vide.

Je ne sais plus quelle hauteur nous séparait exactement du sol.
Je sais seulement qu’à cet instant, elle m’a semblé largement suffisante.

Le problème n’était même pas seulement de la récupérer.

Il fallait le faire avec cette foutue lumière qui continuait son cycle comme si notre situation ne la concernait absolument pas.

Lumière.
Noir.

Lumière.
Noir.

À chaque extinction, nous nous figions.
Et Vanessa, qui n’était déjà pas la personne la plus rassurante du monde lorsqu’il s’agissait de coordination, devenait pratiquement invisible.

Je savais qu’elle était là.
Je savais que Duphy me tenait.
Je savais que je devais réussir à l’attraper.
Mais je ne voyais plus grand-chose.

Puis la lumière s’est rallumée.
J’ai avancé la main.

Encore un peu.
Et évidemment, plus nous essayions d’être discrètes, plus nous faisions de bruit.

Des chuchotements.
Des petits cris étouffés.
Des « attends ».
Des « bouge pas ».

Autrement dit, exactement le genre de sons susceptibles d’attirer l’attention d’un adulte chargé de surveiller des lycéens qui étaient officiellement couchés dans leur chambre depuis des heures.

Une fenêtre s’est ouverte.

Nous nous sommes toutes figées.
Notre prof d’italien a passé la tête dehors.
Évidemment.

Ele nous connaissait suffisamment bien pour savoir que lorsqu’un bruit suspect se produisait quelque part dans un hôtel, il n’était probablement pas inutile de vérifier si nous avions quelque chose à voir avec.

Et à cet instant précis… la lumière s’est éteinte.
Plus rien.

Nous avons retenu notre souffle.
4 filles quelque part sur les toits.

Une probablement à moitié dans une gouttière.
Et notre professeur qui regardait dans le noir à quelques mètres de nous.

Pour une fois, l’éclairage économique de cet hôtel venait peut-être de nous sauver la vie.
Enfin, surtout d’une remontée de bretelles monumentale.

Elle a regardé.
Nous n’avons plus bougé.

Plus respiré.
Plus existé.

Puis la fenêtre s’est refermée.

Nous avons attendu.
La lumière est revenue.
— Vite !

Cette fois, il n’était plus question de rire.
Duphy me tenait.
J’ai attrapé Vanessa vigoureusement.
À plusieurs, nous avons réussi à la faire remonter.

Elle était de nouveau sur le toit.
Entière.

Nous aussi.

Et nous avions soudain beaucoup moins envie de prolonger l’aventure.
Nous avons terminé le trajet jusqu’à notre fenêtre avec une prudence que nous aurions probablement dû avoir dès le départ.

Nous sommes rentrées dans notre chambre toutes les 4.
Saines et sauves.

Et probablement persuadées pendant environ 10 minutes que nous venions de survivre à une expédition digne de l’Everest.

Le lendemain soir, bizarrement, personne n’a proposé de reprendre le même chemin.

Ma baby girl avait apparemment quelque chose à me dire

Le lendemain matin, notre aventure sur les toits était déjà redevenue une anecdote.

Vanessa allait bien.
Nous allions bien
.

Notre professeur ne nous avait pas surprises.
Tout était rentré dans l’ordre.

À un détail près.
Mon lit.

La veille, nous avions échangé nos couchages avec Vanessa.

Je ne sais plus exactement comment nous avions organisé ça au départ, mais je savais une chose : dans celui où je dormais désormais, je sentais les lattes sous le matelas.

Vanessa pesait 3 plumes et demie.
Moi, un peu plus.

Je lui ai donc demandé très simplement si nous pouvions reprendre nos lits respectifs.

Elle a refusé.
Bon.

Ce n’était pas très grave.
Un peu agaçant.

Mais pas de quoi déclencher une guerre franco-italienne.

Puis, plus tard, je l’ai entendue parler avec Margot dans un couloir.
Je n’étais pas censée entendre.

Vanessa se moquait de moi.
De ma façon de lui avoir demandé de changer de lit.
Elle imitait ma voix avec un …
— Non mais pour qui elle se prend, cette…

Je ne me souviens plus de la fin exacte.
Je me souviens très bien, en revanche, de ce que j’ai ressenti.

Parce que ce n’était même pas vraiment ce qu’elle disait qui me blessait.
C’était Vanessa qui le disait.

Ma Vanessa du collège.
Ma baby girl.

Celle avec qui j’avais passé des journées entières.
Celle que j’avais protégée face aux plus grandes quand nous étions plus jeunes.
Celle que, la veille encore, j’étais allée récupérer au-dessus d’une gouttière.

Je n’ai rien dit.
Je n’ai pas confronté Vanessa.
Je n’ai pas demandé d’explication.

J’aurais pu.
Ça aurait probablement été la réaction la plus intelligente.

Mais j’avais 17 ans.
Et quelques heures plus tard, Grégoire a organisé un nouvel apéro.

Cette fois, heureusement, accessible sans compétences particulières en escalade.
Nous pouvions circuler du côté des chambres des garçons.

Je suis donc allée rejoindre les autres.

Duphy.
Grégoire.
Vanessa.
Margot.
Gérald.

Tout le monde discutait.
Tout le monde riait.

Et moi, chaque fois que je regardais Vanessa, j’entendais encore sa petite imitation.

Puis j’ai regardé Gérald.
Et j’ai eu une idée.
Une idée extrêmement immature.
Parfaitement mesquine.

Et qui, à 17 ans, m’a semblé absolument excellente.

Je lui ai pris la main.
Il m’a regardée.

Je n’ai rien expliqué.
Je suis sortie de la chambre.

Et Gérald m’a suivie.

Une idée parfaitement immature Et parfaitemenbt assumée

Nous avons traversé les couloirs sans parler.
Je tenais toujours Gérald par la main.

Il me suivait.
Je n’avais rien préparé.
Ce qui, avec lui, était presque une anomalie.

Gérald aimait savoir où il allait.

Il organisait.
Il anticipait.
Il maîtrisait.

Le garçon parfait.

Moi, ce jour-là, j’avais simplement entendu Vanessa se moquer de moi et mon cerveau de lycéenne venait d’élaborer une vengeance dont le niveau de maturité devait avoisiner celui d’une cour de récréation.

Nous sommes arrivés devant notre chambre.
J’ai ouvert la porte.

Personne.
Évidemment.

Tout le monde était chez Grégoire.

Nous n’avions pas de serrure.
Mais nous avions Grégoire.

Et en matière de diversion, c’était probablement plus efficace.

J’ai fait entrer Gérald.
Il ne savait toujours pas pourquoi nous étions là.

Je ne lui avais rien raconté de Vanessa.
Il savait seulement que je venais de le prendre par la main au milieu des autres pour l’emmener dans une chambre vide.

Il n’était pas nécessaire de lui faire un dessin.

Je l’ai embrassé.
Il m’a embrassée.

Et je l’ai poussé sur le lit de Vanessa.
Oui.

Celui de Vanessa.

Pas le mien.
Le sien.

À 17 ans, je venais apparemment d’inventer ma propre conception de la justice réparatrice.
Je ne raconterai évidemment pas ce qui appartient à cette chambre.

Disons simplement que notre petit jeu commencé dans le car avait largement dépassé le stade des effleurements comptabilisés en points.

Et que, pour une fois, Gérald n’avait absolument rien prévu.
Il s’était simplement laissé entraîner.

Et j’aimais cette version de lui.
Peut-être aussi parce qu’elle était rare.

De temps en temps, je regardais la porte.
Parce que je pouvais être impulsive sans être complètement inconsciente.

N’importe qui pouvait entrer.
En théorie.

En pratique, j’avais une confiance presque irresponsable dans la capacité de Grégoire à retenir une pièce entière avec une conversation, une blague ou une nouvelle idée.

Il n’était au courant de rien.
Mais il faisait parfaitement son travail.

Quelques instants plus tard, Gérald et moi avons quitté la chambre.
Enfin, pas immédiatement.

Il me restait quelque chose à faire.
Refaire le lit.
Soigneusement.

Je voulais que Vanessa retrouve exactement le lit qu’elle avait refusé de me rendre.
Visuellement, du moins.

Je crois que ce moment fut un véritable rappel des sens pour moi.
Et j’espère l’avoir bien ancré en refaisant le lit.

Puis j’ai regardé mon œuvre.
Impeccable.

Gérald, lui, ne devait toujours pas comprendre pourquoi j’accordais soudain autant d’importance aux finitions hôtelières.

Je ne lui ai rien expliqué.
Nous sommes repartis.

Main dans la main dans le couloir.

Puis séparément en approchant des autres.
Et nous avons retrouvé l’apéro de Grégoire.

Ni vu ni connu.

Vanessa était là.
Son lit aussi, quelque part au bout du couloir.

Et ma conscience ?
Étonnamment paisible.

Je ne prétendrai pas aujourd’hui que c’était intelligent.
Ni élégant.
Encore moins adulte.

C’était mesquin.
C’était puéril.
C’était moi à 17 ans, vexée par une fille que j’aimais beaucoup et qui venait de me décevoir.

Et sur le moment, ça m’avait fait un bien fou.

L’Italie m’a même offert un petit bonus

Ma vengeance aurait parfaitement pu s’arrêter là.
Elle aurait même dû.

Mais l’Italie a décidé de m’offrir un épilogue.

Nous étions à Rome lorsque Vanessa a croisé l’un de ces vendeurs ambulants qui proposaient de fabriquer directement autour du poignet des petits bracelets en fils colorés.

Vanessa s’est arrêtée.
L’homme a commencé.

Il tressait les fils autour de son poignet.
Elle regardait son bracelet prendre forme.
Elle rigolait de la situation.

Tout allait parfaitement bien.
Jusqu’au moment où il a fallu payer.

Vanessa n’avait pas d’argent
Bien sûr…

L’homme lui a demandé son argent.
Vanessa a dû expliquer qu’elle n’en avait pas.

Il a donc commencé à défaire ce qu’il venait de passer plusieurs minutes à fabriquer.
Je suppose en l’insultant en italien.

Gérald était furieux.
Pas contre le vendeur.
Contre Vanessa.

Il ne comprenait absolument pas comment elle avait pu laisser quelqu’un lui fabriquer quelque chose sans se demander une seule seconde s’il faudrait le payer ensuite.

Pour Gérald, c’était incompréhensible.
Évidemment.

Cet homme pouvait peut-être consacrer ses journées à fabriquer gratuitement des bracelets aux lycéennes françaises dans les rues de Rome par pure passion du macramé.

Mais Gérald semblait considérer cette hypothèse comme peu probable.

Il lui a fait la morale.
Vanessa s’est fait toute petite.

Et moi…
Je n’ai rien dit.
J’ai regardé.

Avec beaucoup de dignité.
Enfin, extérieurement.

Intérieurement, la Mila de 17 ans considérait que l’univers venait personnellement de rétablir l’équilibre grâce à quelques fils de couleur.

C’était ridicule.
Mais après l’histoire du lit, je n’étais manifestement plus à ça près.

Et puis ma rancune n’a pas duré.
L’Italie était beaucoup trop belle.
Le voyage beaucoup trop court.

Et surtout, j’étais beaucoup trop heureuse pour consacrer longtemps mon énergie à Vanessa.
J’avais bien mieux à faire.

À chaque fois que nous remontions dans le car, Gérald était là.
À chaque fois que nous en descendions, je savais que nous finirions par y revenir.

Le voyage avançait.
Nous descendions toujours plus au sud.

Et sans vraiment vouloir me l’avouer, je commençais à sentir quelque chose que je n’avais aucune envie de voir arriver.
La fin.

J’ai refusé de monter sur un volcan pour sauver mes Kickers

Vers la fin du voyage, nous devions visiter un volcan.

Il pleuvait.
Mais vraiment.

Pas cette petite pluie sous laquelle on peut décider de faire semblant que tout va bien parce qu’on est en vacances.

Il pleuvait des cordes.

Je n’avais pas d’imperméable.
J’avais des lunettes.

Et toutes les personnes qui portent des lunettes connaissent l’absurdité de la situation : lorsqu’il pleut suffisamment fort, on ne voit plus rien.

Une visite panoramique dans ces conditions me semblait présenter un intérêt assez limité.

Mais surtout…
J’avais mes Kickers.
De belles Kickers presque neuves.

Et je n’avais absolument aucune intention d’aller escalader un volcan sous une pluie battante avec.

Aujourd’hui, cette décision me paraît complètement stupide.

Un volcan italien avec ses amis à 17 ans : une fois.
Une paire de Kickers : remplaçable.

J’aurais dû bouger mes fesses.
J’aurais dû me dire que mes chaussures sécheraient.
Et puis Gérald aurait été là.

Il aurait probablement trouvé un moyen de me protéger un peu de la pluie.

Mais la Mila de 17 ans avait pris sa décision.
Et j’ai un caractère de cochon.
— J’y vais pas !

Tout le monde est descendu.
Moi, je suis restée seule.

Dans le car.
Notre car.

Au début, j’étais probablement très satisfaite de moi.
Mes pieds étaient secs.

Puis les minutes ont commencé à passer.

Et il faut se souvenir d’une chose.
À l’époque, rester seule pendant 1 heure ne signifiait pas sortir son smartphone.

Pas de réseaux sociaux.
Pas de vidéos.
Pas de Candy Crush.

Rien à faire défiler pour empêcher son cerveau de fonctionner.

Alors mon cerveau a fonctionné.
Beaucoup trop.

Pour la première fois depuis notre arrivée en Italie, j’étais seule dans l’endroit où Gérald et moi avions passé toute la semaine à nous retrouver.

Son siège était vide.
Et surtout, le voyage touchait à sa fin.

C’est là que la question que j’avais soigneusement laissée de côté pendant presque toute la semaine a fini par s’asseoir à côté de moi.
Qu’est-ce qui allait se passer en France ?

Parce que tout ce que nous vivions était réel.
Je n’en doutais absolument pas.

Nous avions passé la semaine à nous embrasser.
À nous chercher.
À profiter de chaque trajet.

Nous avions retrouvé une intimité qui n’avait rien d’une simple amitié.
Nous avions même largement fait exploser le barème de notre petit jeu.

Je ne me demandais pas si Gérald avait encore envie de moi.

Je me demandais ce que nous allions faire de cette envie une fois revenus dans notre vraie vie.

Dehors, nous continuions à fonctionner comme avant.
Avec les autres, nous étions Gérald et Mila.

Séparément.
Dans le car, nous étions redevenus nous.

Alors qu’allait-il se passer lundi ?
Est-ce que le jeu allait continuer ?
Est-ce qu’il faudrait trouver au lycée l’équivalent de nos 2 sièges près des toilettes ?

Un endroit où nous cacher pour continuer cette histoire que personne n’avait encore officiellement annoncée ?

Ou est-ce que notre vie allait réellement reprendre là où elle s’était arrêtée quelques mois plus tôt ?

J’ai pensé à Margot.
À toutes ces fois où elle avait réussi à me rendre jalouse.

À Gérald.
À notre rupture.
À cette semaine complètement hors du temps.
À tout ce qui avait changé sans que nous ayons prononcé une seule phrase pour le définir.

Et j’ai commencé à comprendre que l’Italie nous avait offert quelque chose de très confortable.
Nous n’avions eu aucune décision à prendre.

Nous avions simplement vécu.
Le problème, c’est que dans quelques jours, l’Italie serait terminée.
Et il faudrait bien savoir ce que nous étions devenus.

J’ai dû cogiter comme ça pendant une bonne partie de l’heure.
Puis les autres sont revenus.
Trempés, probablement boueux.

Mes Kickers, elles, étaient toujours impeccables.
Et Gérald est remonté dans le car.

Il a retrouvé sa place à côté de moi.
La bulle s’est refermée.

Alors j’ai fait ce que j’avais fait pendant toute cette semaine.
J’ai arrêté de penser à lundi.

Il me restait encore un peu d’Italie.

Gérald a cassé mon phare

Il me restait encore Rome.

Et accessoirement, une paire de lunettes en état de fonctionnement.
Plus pour très longtemps.

C’était l’un de nos derniers jours.
Nous étions près du car pendant que les profs organisaient la suite de la journée et, comme souvent, Gérald et moi nous nous cherchions.

Gentiment.
Nous adorions ça.
Nous chamailler pour rien.
Nous provoquer.

Nous embêter jusqu’à ce que l’un de nous aille juste un peu trop loin.
Cette fois, c’est Gérald qui est allé un peu trop loin.

Un geste.
Mes lunettes.

Un petit bruit absolument pas prévu au programme.
Une branche venait de se détacher.

Je l’ai regardée.
Puis j’ai regardé Gérald.
Enfin, j’ai essayé.

Parce que sans mes lunettes, regarder Gérald devenait déjà beaucoup plus théorique.
Je suis myope.

De près, je me débrouille.
De loin, le monde ressemble assez rapidement à une aquarelle.

Et nous étions sur le point de passer plusieurs heures à Rome.
Une ville minuscule, comme chacun sait, dans laquelle il est pratiquement impossible de perdre un groupe de lycéens au milieu des touristes.

Gérald était mortifié.
Il n’avait évidemment pas fait exprès.

Et chez lui, provoquer un problème signifiait immédiatement chercher une solution.
— T’inquiète pas, je ne te lâche pas.

Puis il m’a pris la main.
D’accord.

Finalement, cette histoire de lunettes cassées présentait peut-être quelques avantages.
Nous sommes partis avec les autres.
Et Gérald ne m’a effectivement pas lâchée.

Toute la journée.
Pour traverser.
Pour avancer dans la foule.
Pour suivre le groupe.

Sa main restait dans la mienne.
Il était devenu mon guide.

Je pourrais prétendre que j’étais totalement dépendante de lui pour survivre dans Rome.
Ce serait faux.

J’aurais probablement réussi à suivre le groupe.
Difficilement.
Mais j’aurais réussi.

Disons donc que j’ai légèrement accentué mon handicap.

Un tout petit peu.
Par sécurité.

Chaque fois que le groupe s’étirait, je me rapprochais.
Chaque fois qu’il fallait traverser quelque part, je serrais sa main.

Et lorsque j’apercevais vaguement les autres devant nous, je ne jugeais absolument pas nécessaire de signaler à Gérald que ma vision venait miraculeusement de s’améliorer.

J’avais passé des mois à vouloir qu’il revienne.
Je n’allais pas refuser une assistance personnalisée dans les rues de Rome par excès d’honnêteté.

J’ai donc vu une partie de Rome dans le flou.
Le Colisée aussi.
Je pourrais le regretter.

Mais lorsque je pense à cette journée aujourd’hui, ce n’est pas vraiment la netteté du Colisée qui me revient.

C’est sa main.

Nous étions dehors.
Avec tout le monde.

Et pour la première fois depuis le début du voyage, quelque chose qui appartenait jusque-là principalement à notre bulle était visible.

Gérald me tenait la main.
Il ne la lâchait pas.

Margot pouvait regarder.
Les autres aussi.
Moi, je m’en fichais.

J’étais comblée.
Malvoyante, mais avec beaucoup de clairvoyance sur ce que ce voyage avait changé.

Le dernier trajet

Puis il a fallu rentrer.
Cette phrase est probablement la seule chose que je n’aimais pas dans ce voyage.
« Montez, il faut rentrer ».

Nous avons remis les valises dans le car.
Retrouvé les mêmes visages.
Les mêmes profs.
Les mêmes places.

Et évidemment…
Nos 2 sièges.

Gérald et moi nous sommes installés l’un à côté de l’autre comme nous l’avions fait à l’aller.
Sauf que nous n’étions plus les mêmes.

À l’aller, je lui avais demandé :
— On se met à côté dans le car ?

Comme si cette question ne représentait rien.

J’avais un objectif secret.
Je voulais récupérer Gérald.

Au retour, je n’avais plus besoin d’objectif.
Je l’avais récupéré.

Enfin…
C’est ce que je pensais.

Pendant toutes ces heures de route, nous avons retrouvé exactement ce que nous avions construit pendant la semaine.
Notre bulle.

Nos conversations.
Nos gestes.
Nos baisers.

Et notre fameux jeu.
Dont e ne donnerai pas le score final.

Disons simplement que le trajet retour a fait péter tous les records.
Le reste appartient à Gérald, à moi et à 2 sièges de car qui n’avaient rien demandé à personne. Comme Vanessa

Je n’avais plus envie de penser aux questions qui m’avaient traversé l’esprit seule dans le car pendant la visite du volcan.

Gérald était là.
Contre moi.
Tout était simple.

Nous avions passé une semaine incroyable.

Nous avions retrouvé en quelques jours quelque chose que notre rupture n’avait finalement pas réussi à effacer.
J’étais heureuse.

Et tant que nous roulions, je pouvais encore faire comme si le voyage n’avait pas de fin.

Puis le car a ralenti.
J’ai reconnu le lycée.
Nos parents attendaient.
Voilà.

Cette fois, c’était terminé.

Et puis nous sommes descendus du car

Nous avons récupéré nos affaires.
Les portes se sont ouvertes.
Tout le monde s’est dispersé.

Gérald est parti retrouver ses parents.
Je suis partie retrouver les miens.

Pas de grand baiser d’adieu.
Pas de déclaration.

Pas de :
— On s’appelle demain.
Rien.

Et sur le moment, ça ne m’a même pas paru complètement anormal.
Après tout, nous avions fonctionné comme ça pendant toute la semaine.

Dans le car, nous étions ensemble.
Lorsque nous descendions, nous retrouvions les autres.

Cette fois, au lieu de partir visiter Florence ou Rome, nous rentrions simplement chez nous.

Alors je suis montée dans la voiture avec mes parents.
Avec mes affaires.
Mes souvenirs.
Mes lunettes cassées.

Et probablement mes Kickers toujours beaucoup trop propres pour quelqu’un qui revenait d’un voyage scolaire en Italie.

Je suis rentrée chez moi.
Sauf que cette fois…
il n’y aurait pas de prochain trajet.

Plus de prof pour annoncer qu’il fallait remonter dans le car.
Plus de Gérald qui m’attendait sur notre siège.
Plus de Grégoire pour organiser quelque chose le soir.
Plus de chambre d’hôtel.
Plus de fenêtre.
Plus de toit.
Plus d’Italie.

Il ne restait que le week-end.
Et lundi.

La question laissée dans le car au pied du volcan est revenue.
Qu’est-ce qui allait se passer lunid matin au lycée ?

Le téléphone n’a pas sonné

Vendredi soir.
Rien.
Bon.

Nous venions de passer des heures dans un car.
Nous étions épuisés.

Samedi.
Rien.

Pas d’appel.
Je me suis mise à réfléchir.
Puis à réfléchir un peu plus.

Et plus je réfléchissais, plus cette semaine commençait à me paraître étrange.

Pas irréelle.
Je savais parfaitement ce que nous avions vécu.

Mais qu’est-ce que ça voulait dire ?

Nous n’avions jamais dit que nous étions de nouveau ensemble.
Pas une seule fois.

Nous nous étions embrassés.
Beaucoup.

Nous avions retrouvé notre intimité.
Nous avions passé des heures seuls dans notre bulle.

Gérald m’avait tenue par la main dans Rome.
Mais jamais nous n’avions prononcé les mots.

Et maintenant, le car n’existait plus.

Dimanche.
Toujours rien.

Aujourd’hui, il y aurait probablement eu 200 moyens de me torturer.

Un message lu mais sans réponse.
Une connexion.
Une story.
Une photo.
Un like posé quelque part au mauvais endroit.

À l’époque, c’était beaucoup plus rudimentaire.
Le téléphone ne sonnait pas. C’est tout.
Et ça suffisait largement.

J’ai repensé à Margot.
Aux autres.

À notre façon de redevenir presque 2 inconnus chaque fois que nous descendions du car.
Et une hypothèse particulièrement désagréable a commencé à prendre de la place.
Et si l’Italie avait été exactement ça ?
Une parenthèse.

Et si Gérald avait adoré cette semaine autant que moi mais n’avait aucune intention de remettre notre couple dans notre vraie vie ?

Est-ce qu’il allait faire comme si rien ne s’était passé lundi ?

Est-ce que nous allions nous dire bonjour normalement dans les couloirs ?

Puis attendre de trouver un endroit où personne ne pourrait nous voir pour recommencer ?Après les toilettes du car, allions-nous devoir chercher celles du lycée ?

Je pouvais presque me voir passer les prochains mois à traquer des recoins tranquilles.
Très romantique.

Et surtout, une question commençait sérieusement à m’agacer :
Est-ce qu’on était vraiment ensemble ?

Je n’en savais rien.
Ce qui était assez impressionnant après une semaine passée pratiquement collée à lui.

Le dimanche soir, je suis donc allée me coucher avec une certitude.
Je n’avais récupéré aucune certitude.

Tout allait se jouer lundi.

« Alors, c’est reparti avec Gérald ? »

Le lundi matin, j’ai franchi les portes du lycée avec nettement moins d’assurance que quelques jours auparavant.

L’Italie était terminée.
Nous étions revenus dans notre décor habituel.

Les couloirs.
Les salles.
Les mêmes visages.
Les mêmes groupes.

Et surtout, toutes les règles que nous avions réussi à laisser en France pendant une semaine.

Duphy n’a pas attendu longtemps.
— Alors, c’est reparti avec Gérald ?

Excellente question.

J’aurais beaucoup aimé connaître la réponse.
Je n’avais pas raconté à Duphy tout ce qui s’était passé.

Je savais que Gér n’aurait pas aimé que toute notre intimité devienne le compte rendu officiel du voyage scolaire.

Donc j’étais exactement ce que Gérald voulait que je sois.
Discrète.

Même si, ce lundi matin, je ne savais pas encore très bien ce qu’il voulait que je sois.

J’ai répondu quelque chose d’évasif.
Puis j’ai commencé à surveiller les couloirs.
Tout en espérant croiser Gérald.
Et en espérant presque ne pas le croiser.

Parce que tant que je ne le voyais pas, toutes les réponses restaient possibles.

Alors j’ai fait preuve d’une maturité émotionnelle remarquable.
Je l’ai évité.

Pas très longtemps.
Vers la récréation de 10 heures, il a bien fallu que nos trajectoires finissent par se croiser.

J’étais avec Duphy.
Gérald était avec Grégoire.

Évidemment.
Grégoire était là.
Je les ai vus arriver de très loin.

Et tout mon courage accumulé pendant le week-end a disparu.

Je ne savais pas lire le regard de Gérald.
Je ne savais pas s’il allait me faire la bise.

Me sourire.
Me parler comme à une amie.
Faire exactement ce qu’il faisait avant l’Italie.

Alors, au moment où nous nous sommes retrouvés face à face, j’ai tourné légèrement la tête.
Le bon vieux bonjour neutre.
Solution de secours universelle.

Gérald ne m’en a pas laissé le temps.
Il a posé ses 2 mains sur mon visage.
M’a tournée vers lui.

Et m’a regardée comme si c’était moi qui avais eu un comportement étrange.
— Mais tu étais où ? Je te cherchais.

Puis il m’a embrassée.

Devant Duphy.
Devant Grégoire.
Dans le lycée.

Pas dans un car.
Pas près des toilettes.
Pas dans une chambre d’hôtel.

Pas dans un endroit où personne ne pouvait nous voir.
Là.

Un baiser digne du meilleur film romantique de l’année.
Et moi qui avais passé mon week-end à imaginer tous les scénarios possibles, je n’avais évidemment pas envisagé le plus simple.

Pour Gérald, la question était déjà réglée.

J’ai regardé Duphy.
Son visage disait très clairement :
« Pourquoi tu ne m’as rien dit ?« 

Je lui répondrais plus tard.
Parce qu’à cet instant, j’avais autre chose à savourer.

Après des mois à essayer de comprendre pourquoi Gérald m’avait quittée, après des semaines à espérer le récupérer, après une semaine entière à vivre notre histoire dans 2 sièges de car…

il venait de la rendre officielle en quelques secondes au milieu du lycée.
Avec Gérald, les choses fonctionnaient souvent comme ça.

Il décidait.
J’exécutais.

Et cette fois ça m’allait parfaitement.

Je ne raconte pas cette histoire pour retenir Gérald.

Je la raconte parce que je ne veux pas oublier la Mila de 17 ans. Celle qui traversait les toits d’un hôtel, qui pouvait transformer 2 sièges de car en histoire d’amour et qui décidait parfois que la vie méritait d’être vécue un peu plus fort.

Je veux continuer à vivre mes mille vies. À changer, à recommencer, à faire des choses déraisonnables… et à être même un peu folle quand je le décide.

Parce que ma vraie phobie, au fond, ce n’est pas de vieillir. C’est de finir par m’ennuyer avec moi-même.

Et finalement, plus de 20 ans après, cette Mila-là n’est pas si loin de mon mantra après 40 ans : être imparfaite, rire et rester un peu folle .

Et l’Italie a fait le reste

Ce lundi matin, devant tout le monde, Gérald avait donc décidé que notre histoire recommençait.

Et elle a recommencé.
Nous ne nous sommes plus quittés jusqu’à la fin du lycée.

L’Italie était devenue le voyage où j’avais récupéré mon premier amour. Celui où, pendant une semaine, j’avais eu 17 ans très fort. Avec mes amis, mes bêtises, mes jalousies, mes Kickers sauvées d’un volcan, mes lunettes sacrifiées à Rome et 2 sièges de car beaucoup trop proches des toilettes pour mériter une telle place dans ma mémoire.

Je suis retournée en Italie depuis.
Avec l’homme que j’aime aujourd’hui.

J’y ai fabriqué d’autres souvenirs, vécu une autre Mila, une autre histoire.
Et j’aime finalement que ce pays soit devenu ça pour moi : un endroit où l’on ne revient jamais tout à fait avec la même vie.

L’Italie, pour moi, c’est le renouveau.

À 17 ans, j’en suis revenue avec Gérald.
Et pendant quelque temps, j’ai vraiment cru que récupérer notre histoire signifiait retrouver exactement celle que nous avions laissée quelques mois auparavant.

Je me trompais.

Parce que si Gérald n’avait pas tellement changé pendant cette semaine italienne, moi, j’avais commencé à le faire.

Je ne pouvais évidemment pas encore le savoir.
Ce lundi matin, il venait de décider que notre histoire recommençait.

La prochaine fois que l’un de nous déciderait qu’elle était terminée…
Ce serait moi.

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