Mais est-ce qu’on ne serait pas en train de transformer le lâcher-prise en nouvelle performance ?
On nous a demandé d’être des mamans parfaites. Avec des enfants bien coiffés, une maison impeccable, des goûters faits maison et, accessoirement, une carrière professionnelle épanouissante.
Et puis un beau jour, changement de programme ! Il faudrait maintenant ralentir, lâcher prise, prendre du temps pour soi et devenir une maman Good Enough.
Formidable. Sauf que j’ai une question : on est censées réussir notre lâcher-prise à quel niveau, exactement ?
Parce que moi, le Good Enough, j’y crois. Je le vis, je le revendique, et je n’ai aucune intention de faire marche arrière. Mais je refuse qu’on transforme cette philosophie en une nouvelle discipline olympique de la maternité.
Le Good Enough, comme le slow, c’est une boussole. Pas une ligne d’arrivée.
Mon gâteau au chocolat contre Le Meilleur Pâtissier
Ma fille était en CP. À l’école, les anniversaires étaient regroupés avant chaque période de vacances et les parents pouvaient apporter un gâteau pour les enfants.
Avec ma fille, on avait préparé un gâteau au chocolat. Un vrai travail d’équipe, avec une décoration florale improvisée à coups de pétales en chocolat. Enfin, une fleur… Il fallait quand même avoir un peu d’imagination pour la reconnaître !
On était super fières ! Et puis les photos de la fête sont arrivées.
Sur la table, des pièces montées, des créations à thème, des décorations en pâte d’amande dignes d’une finale du Meilleur Pâtissier. Et au milieu… notre gâteau.
Ma fille et moi avons éclaté de rire. Il faisait franchement tache ! Mais on se souvenait surtout du moment passé à le préparer. Et, détail non négligeable, il était délicieux.
Alors oui, certaines mamans adorent faire des gâteaux incroyables. Grand bien leur fasse ! Mais je refuse de croire que 95 % des mères qui présentent ces petites merveilles rêvent secrètement de devenir cheffes pâtissières.
Et je me demande parfois combien d’enfants ont réellement participé à ces œuvres d’art. Parce qu’entre placer délicatement une rose en pâte d’amande et se battre pour lécher le fond du saladier, je sais exactement quel souvenir je préfère offrir à mes enfants.
À force de vouloir réussir le résultat, on finit parfois par oublier de réussir le moment.
On a remplacé la perfection par une autre perfection !
Aujourd’hui, pour être une bonne maman slow, il faudrait presque posséder un potager, fabriquer sa lessive, méditer au lever du soleil et avoir un passeport tamponné sur toutes les pages.
Pardon ? Depuis quand faut-il savoir coudre, cultiver des tomates ou partir en Thaïlande pour ralentir pour mieux vivre ?
J’ai d’ailleurs consacré un article à cette confusion : non, la slow maman n’est pas zéro déchet. Et elle n’est certainement pas obligée d’habiter à la campagne !
Ce que j’aime dans le slow par la soustraction, c’est précisément cette idée : le slow ne consiste pas à ajouter des choses à faire, mais à en enlever.
Et le Good Enough vient compléter cette philosophie. Il m’autorise à ne pas être slow tous les jours. À courir partout le lundi parce que j’ai mille projets, puis à lever le pied le mardi parce que j’en ai envie.
Une journée ne me définit pas. Heureusement, parce que certains mercredis, je ne voudrais vraiment pas rencontrer mon propre jury de maternité.
Tu seras toujours critiquée. Autant faire ce qui te ressemble !
Gâteau trop simple, maison trop rangée, maman trop active ou pas assez disponible… Il y aura toujours quelqu’un pour commenter. C’est tout le propos de l’histoire de l’âne : une petite leçon qui mérite de rester dans un coin de notre tête.
Je peux être à fond le lundi et en pyjama le mardi. Et alors ?
Je peux passer une journée entière à organiser un goûter d’anniversaire pour une dizaine de personnes. Et le lendemain, regarder ma maison en désordre en me disant : « Bon, on verra ça demain. »
Je peux adorer travailler, être ambitieuse, pousser mes limites et trouver ça absolument grisant. Puis décider de ralentir sans avoir l’impression de trahir la femme énergique que je suis.
Et certains matins, mes enfants auront une brioche avec de la pâte à tartiner plutôt qu’une assiette de fruits découpés en petits soleils. Ils survivront. Promis.
C’est d’ailleurs ce que j’aime dans la définition de la slow maman : elle ne devrait jamais être une liste de critères à cocher.
Mon Good Enough, c’est savoir dire : « Aujourd’hui, j’en ai fait assez. » Même si quelqu’un d’autre aurait fait davantage.
Mon petit luxe du matin : regarder mon thé fumer
J’aime commencer ma journée avec un mug de thé fumant. Sans téléphone, sans mission particulière, sans chercher à rentabiliser ces quelques minutes. Je regarde simplement la vapeur monter.
Ma récompense avant l’effort ! Parce que je sais très bien que le reste de la journée ne ressemblera pas à une retraite spirituelle.
Avant, j’aurais peut-être profité de ce temps pour lire mes emails et organiser ma journée. Aujourd’hui, je préfère laisser mon cerveau tranquille. Et je culpabilise de moins en moins.
D’ailleurs, plus je m’autorise à ralentir, plus mon homme s’autorise à faire pareil. Ce qui donne parfois des négociations assez sportives le week-end pour déterminer qui va enfin sortir du lit.
Mais je persiste : une maman est souvent l’un des moteurs de la famille. Et un moteur qui tourne constamment dans le rouge finit par caler.
Prendre soin de moi n’est donc pas un caprice. C’est aussi une façon d’être plus disponible, plus joyeuse et, finalement, une meilleure maman à mes propres yeux.
D’ailleurs, je partage mes astuces pour une vie de maman plus slow, notamment celles qui m’aident à alléger ma charge mentale sans transformer ma maison en centre de commandement.
Je ne prends pas soin de moi malgré ma famille. J’en prends soin aussi parce que je fais partie de cette famille.
S’aimer assez pour ralentir. Sans attendre d’être à bout.
Prendre soin de soi ne devrait pas être la dernière case de notre agenda. On peut aimer profondément sa famille sans disparaître derrière elle.
Je veux être une bonne maman. Pas la bonne maman d’Instagram.
Je vais peut-être en surprendre certaines, mais je n’ai aucune intention d’arrêter de vouloir être une bonne maman. Au contraire ! Je n’ai jamais eu autant l’impression de l’être que depuis que je me sens épanouie.
Le problème, c’est cette fichue question : bonne maman selon qui ? Selon mes enfants, ou selon les critères d’une inconnue dont je découvre le salon impeccable sur Instagram ?
À force d’exposer nos intérieurs, nos voyages, nos anniversaires et nos enfants, on a fini par transformer la maternité en vitrine. Et maintenant, il faudrait même que notre lâcher-prise soit photogénique !
C’est aussi pour cela que j’ai considérablement ralenti sur les réseaux. J’en parle dans Mila vs Goliath. À un moment, je préfère vivre quelque chose plutôt que réfléchir à la meilleure façon de le montrer.
D’ailleurs, ce que veulent vraiment les femmes, ce n’est peut-être pas une nouvelle méthode pour devenir irréprochables. C’est simplement pouvoir décider de leur vie sans devoir constamment se justifier.
Et je crois que les pères commencent eux aussi à découvrir cette pression. Tant mieux si cela nous permet, collectivement, de remettre quelques pendules à l’heure.
Apprendre à regarder le bon miroir
Je ne suis pas pressée que mes enfants découvrent les réseaux sociaux et leurs merveilleux miroirs déformants.
J’aimerais leur apprendre à se demander : « Qu’est-ce qui me nourrit ? Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? Qu’est-ce qui me rend heureux ? » Plutôt que : « À quoi dois-je ressembler pour être à la hauteur ? »
Je ne veux pas leur transmettre une obsession de la perfection. Je veux leur transmettre l’envie de vivre, d’essayer, de se tromper et de recommencer.
Parce que le Good Enough, ce n’est pas une maman qui renonce à faire de son mieux. C’est une maman qui accepte que son mieux change selon les jours.
Je veux apprendre à mes enfants à regarder le bon miroir. Celui qui leur ressemble, pas celui que les autres leur tendent.
À lire aussi : Pourquoi être une maman quadra aujourd’hui, c’est une force et pas une crise ? Une autre façon de regarder les années qui passent et les libertés qu’on gagne.
Le plus beau gâteau ? Pas forcément celui de la photo.
Dans quelques années, quand mes enfants auront quitté la maison, je préfère retrouver des photos de moi en pyjama, en train de jouer à un jeu de société avec eux, plutôt qu’avec un bandeau dans les cheveux en train d’astiquer le plancher.
Je veux me souvenir de nos fous rires, de nos discussions et de ce fameux gâteau au chocolat qui faisait si mauvaise figure parmi les pièces montées.
Alors oui, je continuerai à vouloir être une bonne maman. Je continuerai à travailler beaucoup quand j’en aurai envie, à ralentir quand j’en ressentirai le besoin et à laisser quelques miettes sur la table quand j’aurai mieux à faire.
Et toi, tu préfères garder le souvenir du plus beau gâteau ou celui du meilleur moment passé à le préparer ?
Le Good Enough n’est pas une performance à réussir. C’est la liberté de décider que ce qu’on vient de vivre était déjà suffisamment bien.
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Mila Clapelin
Salut, c'est Mila. Je suis une blogueuse slow, une maman quadra et une grande adepte du « good enough ». Ici, je te parle de vie de femme, de maison, de charge mentale, de décoration et de toutes ces petites choses qui nous aident à prendre un peu plus de place dans nos vies. Bienvenue dans mon univers. Fais infuser ton thé, installe-toi.